Le pétrole, fermé aux femmes mais en quête de talents, forcé de s'ouvrir?

Istanbul - Les femmes sont très peu présentes dans l'industrie du pétrole et du gaz, un secteur où les stéréotypes peuvent avoir la vie dure, et qui prend tout juste conscience de ce qu'il aurait à gagner à s'ouvrir à plus de diversité.

Véritables "réserves inexploitées", les femmes ne représentent qu'un cinquième des employés de l'industrie des hydrocarbures, contre environ 38% en moyenne dans les autres secteurs, selon une étude publiée mercredi au Congrès mondial du pétrole d'Istanbul.

"Lorsque j'ai commencé dans mon entreprise il y a environ 30 ans, nous étions 6% de femmes, et aujourd'hui nous ne sommes toujours que 12%", témoigne Vartika Shukla, directrice exécutive d'Engineers India Limited, un groupe de conseil en ingénierie.

Plus on grimpe dans la hiérarchie et plus les femmes sont absentes: elles occupent 17% des postes les plus élevés et seulement 1% des fauteuils de PDG.

Ces résultats sont sensiblement les mêmes quels que soient les pays ou les entreprises.

"Cela témoigne à quel point la culture (masculine) de l'industrie est solide", explique à l'AFP Ivan Marten, associé au Boston consulting group, auteur du rapport, qui pointe même un "club de vieux garçons".

"Si vous n'aimez pas pêcher ou chasser, vous êtes désavantagée", témoigne ainsi anonymement une dirigeante dans le rapport, le premier à se pencher sur cette problématique.

Outsider

Selon l'enquête réalisée auprès de plusieurs milliers de salariés du secteur, les hommes croient toujours que les femmes sont moins flexibles qu'eux, et sont donc moins aptes à occuper certains postes, par exemple à l'expatriation.

Maria Moraeus-Hansen fait partie de cette poignée de femmes ayant tracé leur chemin dans l'industrie du pétrole, qui plus est dans la branche reine de l'exploration-production (E&P).

Cette Norvégienne occupe depuis octobre 2015 le poste de directrice de l'E&P du groupe français Engie, lui-même dirigé par une femme.

Si elle affirme ne pas avoir souffert de barrières particulières, elle juge que dans les postes opérationnels, "vous avez vraiment l'impression d'être une +outsider+", avance-t-elle.

Car en plus d'être peu nombreuses, les femmes sont souvent cantonnées aux postes "de bureau", dans les ressources humaines, la communication ou l'administratif.

C'est une sorte de double peine, selon M. Marten, car les postes techniques "sont considérés comme un passage obligé pour voir sa carrière progresser dans l'industrie pétrolière et gazière".

Mais si le secteur commence à s'intéresser à ce sujet c'est qu'il affronte "des défis importants pour attirer les talents", explique M. Marten.

Il va avoir à combler un trou générationnel avec de nombreux départs à la retraite dans les prochaines années, et près des trois-quarts des employés qui ont plus de 50 ans.

"L'industrie pétrolière ne peut plus se permettre d'être perçue comme dominée par les hommes et où les femmes n'occupent qu'une place marginale", ajoute-t-il.

Le manque de diversité dans le secteur est surtout une source d'inefficacité, les entreprises se privant de profils différents, et donc de la "créativité" nécessaire dans les entreprises.

"Si vous recrutez seulement en ne regardant que 50% de la population, vous avez un énorme désavantage", résume Mme. Moraeus-Hanssen, qui met en avant la responsabilité des PDG pour faire changer les mentalités.

- quotas? -

Tout se joue pourtant plus tôt, au moment où les femmes choisissent leurs domaines d'études.

Dans l'université où Mme Shukla a étudié "il n'y a encore qu'environ 10% de femmes qui choisissent les études d'ingénieurs", raconte-t-elle.

"Il faut encourager les jeunes femmes à choisir ces filières", insiste Mme. Moraeus-Hanssen.

Certains groupes pétroliers ont déjà mis en place des programmes de découverte pour les lycéennes, comme ExxonMobil aux Etats-Unis.

Ensuite, le rapport recommande de développer les mesures permettant aux femmes de mieux concilier vies professionnelle et familiale, et de créer du mentorat dans les entreprises.

Il lance aussi le débat des quotas. Shell et Chevron ont par exemple l'objectif de recruter autant de femmes que d'hommes chez les nouveaux diplômés.

Pour Mme Shukla "c'est une excellente politique car plus vous recrutez de femmes en début de carrière et plus vous avez de chance de voir leur présence augmenter dans la hiérarchie".


(©AFP / 12 juillet 2017 18h09)
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