Les banques italiennes en berne face à l'arrivée au pouvoir des populistes

Milan - La probable arrivée d'un gouvernement populiste en Italie a rendu fébriles les valeurs bancaires jeudi à la Bourse de Milan, en particulier la BMPS, contrôlée par l'Etat et dont la Ligue et le M5S envisagent de "redéfinir la mission".

Les banques italiennes ont été dans la tourmente ces deux dernières années, suscitant une vive inquiétude sur les marchés financiers. Mais la situation s'était apaisée il y a plusieurs mois, grâce à la série de mesures qu'elles ont prises pour se renforcer.

La possible formation d'un gouvernement réunissant le Mouvement 5 étoiles (antisystème) et la Ligue (extrême droite) suscite des craintes sur le plan économique, notamment sur la question de la dette et sur le front des banques.

La Monte dei Paschi di Siena (BMPS), qui a bénéficié l'an passé d'un sauvetage public et est détenue désormais à 68,2% par le ministère des Finances, concentre l'attention.

Concernant la BMPS, "l'Etat actionnaire doit procéder à la redéfinition de la mission et des objectifs de l'institut de crédit dans une optique de service", peut-on lire, sans aucune autre précision, dans l'ébauche de contrat de gouvernement.

En réaction, le titre a fini en recul de 8,86%, après avoir perdu un temps plus de 10%.

Après cette dégringolade, le ministre italien des Finances, Pier Carlo Padoan, a appelé les acteurs politiques à faire "attention à ne pas détruire la confiance et l'épargne".

L'ébauche du programme commun a créé "une crise de confiance", un "fait très grave qui met en danger l'investissement effectué avec des ressources publiques", a-t-il déploré, en rappelant que "durant tout la législature passée, divers gouvernements avaient travaillé à un plan crédible pour mettre en sécurité et relancer la banque".

Dans la foulée de la BMPS, Ubi Banca a perdu 2,7%, UniCredit 1,86%, Banco BPM 1,13%, Mediobanca 0,86% et Intesa Sanpaolo 0,79%.

De façon générale, la Ligue et le M5S jugent nécessaire de "responsabiliser davantage tant le management que les autorités de contrôle" des banques, y compris en appliquant des peines pour faillites frauduleuses.

Les deux partis, qui sont hostiles à ce que les épargnants soient mis à contribution si une banque connaît des difficultés, comme cela a été le cas pour plusieurs établissements italiens, demandent que ces épargnants obtiennent des compensations.

"On n'est pas dans un mouvement de panique. Mais ce qui n'est pas bon pour le pays n'est pas bon pour les banques", a déclaré à l'AFP Nicolas Veron, un analyste au Bruegel Institute de Bruxelles, considérant la réaction des marchés "très mesurée par rapport à l'ébauche de programme et aux déclarations".

Les banques elles-mêmes "vont beaucoup mieux, il y a eu une normalisation évidente de la situation ces deux dernières années, avec le traitement de plusieurs banques en difficulté - comme la BMPS" - mais aussi la mise en oeuvre de "nombreuses actions comme nettoyer les portefeuilles de prêts non performants", a-t-il souligné, tout en notant que "la restructuration n'est pas terminée".


(©AFP / 17 mai 2018 17h55)
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