Les jihadistes avancent vers Bagdad, possibles frappes aériennes américaines

Bagdad - Les combattants jihadistes avançaient jeudi vers la capitale Bagdad après s'être emparés de larges territoires du nord-ouest de l'Irak face à une armée en déroute, les Etats-Unis n'excluant pas de frappes aériennes pour enrayer l'offensive.

Craignant un assaut contre Kirkouk, les forces kurdes ont pris le contrôle total de cette ville pétrolière multiethnique située à 240 km au nord de Bagdad et de ses alentours après le retrait de l'armée irakienne.

Alors que le pays est plongé dans la tourmente depuis la prise mardi de la deuxième ville d'Irak, Mossoul, de sa province, Ninive, et de régions des provinces voisines de Kirkouk et Salaheddine, le Parlement devait se réunir jeudi, à l'appel du gouvernement du chiite Nouri al-Maliki, pour décréter l'état d'urgence. Mais, faute de quorum, cette session a été annulée, .

Face à l'offensive d'envergure de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), et l'impuissance de l'armée à la contenir, le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit de son côté à huis clos à partir de 15H30 GMT.

Dans un enregistrement sonore mercredi, l'un des dirigeants de l'EIIL, Abou Mohammed al-Adnani, a appelé les insurgés à marcher sur Bagdad et les villes saintes chiites de Kerbala et Najaf (centre).

Jeudi, les jihadistes étaient à 90 km au nord de la capitale irakienne, après s'être emparés de Dhoulouiya, selon un policier et des habitants.

A Bagdad, l'appréhension règne. La population se sent livrée à elle-même, sans protection, confie Abou Alaa, un verrier de 54 ans qui dit craindre de devenir un réfugié.

- Kirkouk sous contrôle kurde -

L'EIIL a en outre avancé vers la province de Diyala (centre), voisine de celle de Bagdad, en prenant plusieurs villages aux alentours, ont précisé des responsables.

Selon des experts, l'EIIL est appuyé par de nombreux anciens cadres et membres des services de sécurité du président Saddam Hussein, renversé en 2003.

Face à la débandade de l'armée, M. Maliki, honni par les jihadistes, a appelé toutes les tribus à former des unités de volontaires pour combattre avec ses forces les insurgés.

Outre des territoires du nord, les combattants aguerris de l'EIIL, considéré comme l'un des groupes les plus dangereux au monde par les Etats-Unis, contrôlent déjà des régions de la province occidentale d'Al-Anbar depuis janvier.

A Mossoul, les jihadistes continuaient de détenir une cinquantaine de citoyens turcs pris en otages au consulat, de même que 31 chauffeurs turcs.

Environ un demi-million d'habitants de Mossoul ont fui leurs foyers, craignant pour leur vie.

A Kirkouk, c'est la première fois que les forces kurdes contrôlent totalement la ville où normalement la sécurité est assurée par une force de police conjointe formée d'éléments arabes, kurdes et turkmènes.

Un commandant des Peshmergas a assuré que les forces kurdes ne permettraient pas l'entrée d'un seul membre de l'EIIL.

Le ministre kurde chargé des Peshmergas, Jaafar Moustafa, a par ailleurs échappé à un attentat dans la province de Kirkouk qui a fait un mort, selon un colonel des forces kurdes.

En vue d'enrayer l'offensive, les Etats-Unis qui ont retiré fin 2011 leurs troupes d'Irak après huit ans d'engagement, envisagent plusieurs options pour aider Bagdad, dont des frappes menées par des drones, selon un responsable américain.

Echec total' de Washington -

Mais Washington et Londres ont exclu de renvoyer des troupes au sol dans ce pays.

Pour la Russie, ces derniers développements illustrent l'échec total de l'intervention américaine et britannique en Irak.

L'Otan a pour sa part écarté toute intervention de l'alliance.

La France, qui a jugé que la situation faisait peser une menace sérieuse pour la stabilité de toute la région, a estimé qu'il appartenait en premier lieu aux autorités irakiennes de lutter contre les terroristes.

Allié de M. Maliki, l'Iran chiite a lui promis de lutter contre le terrorisme en Irak, sans dire comment il comptait faire.

L'EIIL, qui ambitionne d'installer un Etat islamique, a l'appui de tribus anti-gouvernementales et jouit d'un certain soutien parmi la minorité sunnite qui s'estime marginalisée par le pouvoir chiite.

Basé dans l'ouest irakien, il s'est infiltré en Syrie voisine via la frontière très poreuse, où il combat aujourd'hui d'autres groupes rebelles qui l'accusent de multiples exactions. Il tient en Syrie de larges secteurs de la province pétrolière de Deir Ezzor (nord-est), faisant craindre une unité territoriale avec le nord-ouest irakien.

Les troupes irakiennes, formées par les Etats-Unis à partir de zéro et après la dissolution de l'armée de Saddam Hussein, n'ont jamais réussi à devenir une véritable force armée et à faire cesser les attentats qui ensanglantent le pays depuis un an et demi.

(©AFP / 12 juin 2014 16h12)