Maldives: la justice examine dimanche la requête d'annulation de la présidentielle

Colombo - La Cour suprême des Maldives a annoncé jeudi qu'elle examinerait dimanche le recours contre le résultat de l'élection présidentielle du sortant Abdulla Yameen, homme fort du pays battu le mois dernier, augurant d'un possible nouveau coup de théâtre.

"La Cour suprême a décidé d'accepter et d'entendre le recours constitutionnel déposé par le président Yameen", a indiqué la plus haute instance judiciaire de cet archipel de l'océan Indien sur Twitter.

L'audience se tiendra dimanche à 13H00 locales (08H00 GMT) et la décision de la Cour devrait être prononcée le jour même.

Connu pour ses passages en force et sa répression féroce de toute dissidence, le chef de l'État avait reconnu avec réticence la large victoire de l'opposant Ibrahim Mohamed Solih avec 58,4% des suffrages au scrutin du 23 septembre. De nombreux observateurs en redoutaient la manipulation par le pouvoir en place.

Mais M. Yameen, 59 ans, a déposé mercredi une requête demandant l'invalidation de l'élection et un retour aux urnes.

Sa formation politique, le Parti progressiste des Maldives (PPM), affirme avoir reçu de nombreux signalements de ses partisans sur de présumés "truquages de votes, fraudes, malversations et corruption".

L'opposition et la communauté internationale ont enjoint le président sortant à respecter la décision des électeurs, qui s'étaient mobilisés en masse.

"La coalition de l'opposition appelle Yameen à immédiatement retirer ce recours dont il est flagrant qu'il est infondé, à se mettre en retrait et à faciliter une transition pacifique, et calme", a dénoncé dans un communiqué le Parti démocratique maldivien (MDP), principale formation d'opposition.

Les rebondissements spectaculaires ne sont jamais loin aux Maldives: en 2013, Abdulla Yameen était arrivé au pouvoir en battant Mohamed Nasheed du MDP - premier président démocratiquement élu de l'histoire du pays - dans des circonstances déjà controversées.

La Cour suprême avait annulé le premier tour, où M. Nasheed était arrivé en tête, puis repoussé deux fois le vote, laissant le temps à M. Yameen de forger des alliances.

À la tête de cette micro-nation réputée pour ses plages de sable blanc et ses hôtels de luxe, il a gouverné d'une poigne de fer durant cinq ans, en incarcérant ou forçant à l'exil ses opposants, muselant société civile et médias.

Au début de l'année, mécontent d'une décision de la Cour suprême qui cassait les condamnations litigieuses d'opposants, le président était passé en force en imposant 45 jours d'état d'urgence.

Après une série d'arrestations - parmi lesquelles deux juges de la Cour suprême, ainsi que son demi-frère l'ancien président Maumoon Abdul Gayoom, au pouvoir pendant trente ans - Abdulla Yameen avait obtenu de l'instance judiciaire qu'elle revienne sur sa décision.

Il doit officiellement céder le pouvoir au président-élu Ibrahim Mohamed Solih le 17 novembre prochain.

(©AFP / 11 octobre 2018 13h39)
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