Malte: une salle "Daphne Caruana Galizia" au Parlement européen

Strasbourg - La salle où sont organisées les principales conférences de presse au sein du Parlement européen à Strasbourg a été baptisée mardi du nom de Daphne Caruana Galizia, en hommage à la journaliste et blogueuse anticorruption maltaise, assassinée le 16 octobre.

"Chaque fois qu'il y aura une conférence de presse dans cette salle, ceux qui écouteront et ceux qui prendront la parole se souviendront que cette salle veut dire: +nous ne baissons pas la garde face à ce qui s'est passé à Malte+", a déclaré le président du Parlement, Antonio Tajani, qui s'exprimait devant un portrait de la blogueuse, en présence de plusieurs centaines de journalistes et d'élus, et de la famille de la journaliste.

"Nous continuons à demander une enquête internationale", a ajouté M. Tajani, soulignant que "le sacrifice de cette femme ne doit pas être vain".

Parfois qualifiée de "WikiLeaks à elle toute seule", Daphne Caruana Galizia, 53 ans, avait révélé certains des pans les plus sombres de la politique maltaise, s'en prenant avec virulence au Premier ministre travailliste, Joseph Muscat, et plus récemment aussi au chef de l'opposition.

Après sa mort, ses fils ont réclamé la démission de M. Muscat, l'accusant de s'être entouré d'escrocs et d'avoir créé une culture d'impunité ayant transformé Malte en "île mafia".

Le nom de la journaliste, dont la voiture a été piégée avec une bombe, est désormais synonyme de "liberté de la presse et de courage", a dit mardi à Strasbourg le secrétaire général de l'ONG Reporters sans frontières (RSF), Christophe Deloire.

Le mari de la blogueuse, Peter, et ses trois fils Matthew, Andrew et Paul --tous présents mardi à Strasbourg-- doivent encore faire face à 36 plaintes en diffamation intentées contre leur épouse et mère, et qui n'ont pas été retirées malgré son décès.

"Mes fils ont été intimidés, notre chien a été égorgé", et au final Daphne a été "exécutée à quelques mètres de la maison où nous avons élevé notre famille", car les "criminels" avaient jusque-là échoué à la "réduire au silence" et ils ne la "supportaient plus", a dit le veuf de la blogueuse.

Peu avant cette cérémonie, les eurodéputés avaient débattu dans l'hémicycle de la situation à Malte, le plus petit Etat de l'Union européenne. "Traduire en justice les responsables (de ce meurtre) doit être la priorité numéro un pour le gouvernement maltais", a affirmé à cette occasion le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans.

Pour l'élue écologiste française Eva Joly, "le gouvernement maltais doit savoir que le travail d'investigation de Daphne Caruana Galizia ne cessera pas avec son assassinat".

"D'autres journalistes le termineront avec le soutien des citoyens européens choqués que de telles horreurs puissent se produire au coeur de l'Union européenne", a ajouté l'ancienne juge d'instruction spécialisée dans les affaires financières.

Le Parlement européen doit voter une résolution mercredi pour demander notamment la création d'un "Prix Daphne Caruana Galizia pour le journalisme d'investigation".

Dans ce texte non-contraignant, les élus expriment par ailleurs "de graves inquiétudes quant à l'Etat de droit, la démocratie et les droits fondamentaux" à Malte et déplorent "qu'il n'y ait eu jusqu'à présent aucune enquête de police à Malte sur les révélations concernant les Panama Papers".


(©AFP / 14 novembre 2017 18h42)
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