Marco Morelli, nouveau patron de la banque italienne BMPS

Milan (awp/afp) - Marco Morelli, actuel numéro un de Bank of America Merrill Lynch en Italie, a été nommé mercredi patron de la banque italienne BMPS, actuellement engagée dans un vaste plan de redressement que complique l'instabilité créée par le futur référendum constitutionnel.

Troisième banque italienne et plus vieil établissement financier de la planète, la Monte Paschi di Siena est considérée comme l'un des maillons faibles du système bancaire italien.

Elle a affiché les pires résultats aux tests de résistance publiés fin juillet par l'Autorité bancaire européenne (EBA), montrant une forte vulnérabilité à une dégradation de la conjoncture.

Depuis le début de l'année, son titre a perdu plus de 80% de sa valeur à la Bourse de Milan, tandis que l'indice des banques italiennes cédait 46%.

Son patron depuis 2012, Fabrizio Viola, a démissionné jeudi dernier, une décision qui aurait été encouragée selon la presse par le gouvernement --l'Etat italien détient 4% de la BMPS dont il est le premier actionnaire-- et le consortium de banques d'affaires travaillant sur le plan de sauvetage.

L'idée est d'avoir un homme nouveau pour relever le défi de la prochaine et délicate opération de refinancement, et donner ainsi le sentiment d'une rupture.

Le plan annoncé par la BMPS le 29 juillet prévoit une cession massive de ses créances douteuses (27,7 milliards d'euros de créances lourdes), suivie d'une augmentation de capital pouvant aller jusqu'à 5 milliards d'euros.

Or si M. Viola a permis à la banque de renouer avec les bénéfices, il a aussi déjà conduit deux augmentations de capital d'un montant total de 8 milliards d'euros après l'échec de la BMPS à de précédents tests de résistance en 2014, argent déjà parti en fumée.

La nomination de M. Morelli, qui assumera à partir du 20 septembre les fonctions d'administrateur délégué et de directeur général, a été décidée à "l'unanimité" par le conseil d'administration, en raison de "son importante expérience internationale et sa profonde connaissance du secteur bancaire", a précisé la BMPS.

Marco Morelli connaît bien la BMPS, dont il a été notamment vice-directeur général de 2006 à 2010. Agé de 54 ans, ce banquier est depuis quatre ans vice-président de Bank of America Merrill Lynch pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique, et numéro un de cette banque en Italie. Au cours de sa carrière, il est aussi passé chez UBS, JPMorgan et Intesa Sanpaolo. M. Morelli doit toucher une salaire annuel de 1,4 million d'euros en fixe, auquel s'ajoutera une rémunération variable et une prime d'entrée de 300.000 euros.

M. Viola a assuré la banque de sa disponibilité jusqu'au 15 octobre pour faciliter la transition.

Le président de la banque Massimo Tononi a lui aussi remis mercredi sa démission, a indiqué la banque, en faisant état d'une décision "mûrie" après qu'il eut coordonné la nomination du nouveau administrateur délégué et lancé la phase préliminaire de la relance de la banque.

Selon le quotidien La Repubblica, M. Tononi n'aurait pas apprécié la façon dont M. Viola a été conduit vers la sortie, avec un coup de téléphone du ministre de l'Economie Pier Carlo Padoan.

Exercice très risqué

M. Morelli aura la lourde tâche de mener à bien l'augmentation de capital, dans un contexte compliqué par le référendum constitutionnel prévu en novembre ou décembre, qui crée de l'instabilité car il risque d'être plutôt un vote pour ou contre le chef du gouvernement Matteo Renzi, et ce dernier n'est pas sûr de l'emporter.

L'augmentation de capital, prévue initialement en fin d'année, devrait ainsi être logiquement reportée début 2017.

Cela dépendra "de quand le marché sera le plus ouvert pour accepter une augmentation de capital (...) Il y a l'inconnue référendum qui est perçue comme un obstacle", a souligné lundi M. Padoan.

Les investisseurs seraient peu motivés par cette opération, vu l'historique de la banque et le poids des créances douteuses dans son portefeuille (45,3 milliards d'euros de créances lourdes).

Le contexte est aussi compliqué par le recours très probable au marché d'UniCredit à peu près à la même période, avec une augmentation de capital de plusieurs milliards d'euros.

"La transaction est perçue comme un exercice très risqué, alors qu'il pourrait ne pas y avoir de demande pour les titres de la Monte Paschi", souligne Lorenzo Codogno, chef économiste chez LC Macro Advisors Limited. Si "celle-ci est un échec, cela pourrait envoyer des ondes de choc à travers le secteur bancaire italien, et même peut-être européen".

afp/rp

(AWP / 14.09.2016 20h58)