Migrants : les ONG appellent à ne pas se tromper de cible

Des migrants attendant de débarquer de l'Aquarius, navire de secours des ONG S.O.S. Méditerranée et Médecins Sans Frontières, à Salerne, en Italie, le 26 mai 2017. / © AFP/Archives / CARLO HERMANN
Plusieurs ONG engagées dans le secours des migrants au large de la Libye ont vivement dénoncé mardi l'idée d'un "code de conduite" à leur encontre, assurant que les ministres l'ayant proposé se trompaient de cible.

En préambule d'un plan en six point qui doit être soumis jeudi à Tallinn aux 28 membres de l'UE, les ministres français, allemand et italien de l'Intérieur annoncent "travailler à un code de conduite pour les ONG" pour "améliorer la coordination" en Méditerranée centrale.

Depuis 2015, jusqu'à une douzaine de navires humanitaires privés patrouillent au large de la Libye, et leur rôle prend de l'ampleur : selon les gardes-côtes italiens, ils ont réalisé 26% des opérations de secours en 2016 et 35% cette année, aux côtés de navires italiens, européens et commerciaux.

Profitant de leur présence au plus près des eaux libyennes, les passeurs ont commencé l'année dernière à envoyer des embarcations toujours plus fragiles et surchargées sans même plus se préoccuper de fournir aux migrants de l'eau, du carburant ou un téléphone satellitaire pour les appels de détresse.

Interrogées par l'AFP, plusieurs ONG se sont refusées à tout commentaire avant d'avoir vu le code de conduite. "Nous sommes très perplexes parce que nous travaillons déjà sous la coordination des autorités italiennes", a ainsi expliqué l'ONG maltaise Moas.

"Il y a déjà un code de conduite en place, cela s'appelle le droit maritime international", a déclaré à l'AFP Ruben Neugebauer, porte-parole de l'ONG allemande Sea-Watch.

Ce code de conduite, "c'est de la poudre aux yeux, pour ne pas affronter le problème réel : c'est l'UE qui devrait procéder aux secours en mer, pas les ONG", a tempêté Loris De Filippi, président de MSF-Italie. "Si l'on oblige les ONG à se retirer, il y aura plus de morts, plus de drames. Si c'est cela qu'ils veulent, il faut avoir l'honnêteté de le dire".

Entendu début mai à Rome par une commission parlementaire enquêtant sur les ONG de secours en mer, l'amiral Vincenzo Melone, responsable des gardes-côtes italiens, s'était lui-même emporté.

"Nous sommes face à une tragédie aux dimensions invraisemblables", avait-il rappelé. Depuis 2014, les gardes-côtes italiens ont coordonné les secours apportés à plus de 590.000 migrants, tandis que plus de 14.000 autres sont morts ou ont été portés disparus. Mais "la solution n'est pas en mer", avait-il insisté, saluant l'aide des ONG.

- Policiers à bord ? -

Les gardes-côtes italiens ont d'ailleurs déjà organisé des réunions à Rome avec les ONG pour faciliter la coordination et la communication. La prochaine est prévue pour le 13 juillet.

"L'anarchie ne se situe pas dans les opérations de secours en Méditerranée, l'anarchie se situe en Libye, pays sans structures étatiques dignes de ce nom, où prolifère un trafic d'êtres humains à grande échelle", a expliqué Sophie Beau, vice-présidente de SOS Méditerranée, récent prix de l'Unesco pour la recherche de la paix.

"C'est réellement l'UE qui a besoin d'un code de bonne conduite", a renchéri Oscar Camps, responsable de l'ONG espagnole Proactiva Open Arms, sur son compte Twitter.

"Vous êtes un facteur d'attraction, vous êtes de mèche avec les trafiquants, vous êtes financés par les mafias, vous êtes les taxis de la mer, nous allons fermer les ports... C'est vraiment nous le problème ?", a-t-il poursuivi.

Ces accusations contre les ONG sont récurrentes depuis le printemps en Italie, où elles ont été alimentées par des déclarations controversées d'un magistrat et une surenchère politique.

Selon plusieurs quotidiens italiens, le code de conduite interdira aux ONG de s'approcher des eaux libyennes et de communiquer avec les passeurs, y compris via toute forme de signaux lumineux.

Il exigera aussi la présence d'un policier à bord. La commission parlementaire italienne avait déjà suggéré cette idée vivement rejetée par les ONG.

"Cela entre en conflit avec nos principes humanitaires", a expliqué mardi M. Neugebauer. "Mais si des policiers veulent venir sur leurs propres bateaux, ils sont vraiment les bienvenus. Nous avons besoin de plus de bateaux !"



(©AFP / 04 juillet 2017 16h52)
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