Moscou et Damas condamnent la frappe de la coalition contre l'armée syrienne

Damas - La Syrie et son allié russe ont vivement condamné vendredi la frappe la veille de la coalition conduite par les États-Unis qui a visé selon eux l'armée syrienne, Damas assurant qu'il ne se laisserait pas "intimidée".

"La soi-disant coalition a attaqué hier à 16H30 (13H30 GMT) une position de l'armée arabe syrienne sur la route d'Al-Tanaf (dans le sud-est), tuant plusieurs martyrs et causant des dégâts matériels", a indiqué une source militaire citée par l'agence officielle Sana, sans préciser la nationalité des victimes.

Un porte-parole militaire de la coalition antijihadiste, le colonel Ryan Dillon, avait évoqué jeudi un convoi de "forces pro-régime" et un autre responsable américain avait dit qu'il s'agissait "probablement" de milices chiites, sans être plus précis sur leur identité.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), huit personnes, "pour la plupart non-syriennes", ont été tuées dans cette frappe.

Selon le commandement des forces américaines au Moyen-Orient (Centcom), la frappe a détruit un tank, un bulldozer, un tracteur et un excavateur.

Accomplir son devoir

Pour sa part, la source militaire syrienne a souligné que "l'armée continuera à accomplir son devoir dans sa lutte contre Daech (acronyme arabe du groupe jihadiste Etat islamique) et la défense de tout son territoire et ne se laissera pas intimider par les tentatives de la soi-disant coalition de l'empêcher de mener son devoir sacré".

"Aucune partie n'a le droit de déterminer le cours de ses opérations contre ces groupes terroristes", a-t-elle ajouté.

La coalition internationale conduite par les Etats-Unis a été mise en place en 2014 pour lutter contre les groupes jihadistes en Syrie et en Irak, où l'EI était aussi bien implanté.

Et alors que "califat" autoproclamé par l'EI à cheval sur l'Irak et la Syrie se réduit à peau de chagrin, les protagonistes du conflit essaient de s'emparer de ses restes.

Dans ce cadre, le poste frontière d'al-Tanaf, dans le sud-est du pays, est très important pour tous les belligérants. La coalition internationale s'y trouve actuellement avec des rebelles formés principalement en Jordanie et qui lui sont affidés.

Il s'agit pour ces rebelles de tenter de remonter vers le point-frontière de Boukamal, tenu par l'EI.

Dans un communiqué, le Centcom précise que "la coalition opère dans la région d'al-Tanaf depuis des mois où elle entraîne et conseille des forces engagées dans le combat contre l'EI".

Pour le régime, le secteur d'Al-Tanaf est important car son objectif est de contrôler l'autoroute Damas-Bagdad et ainsi faire à la fois la liaison avec les forces alliées se trouvant en Irak, et d'empêcher les rebelles pro-occidentaux de remonter par le sud vers la province de Damas.

Depuis l'accord d'Astana signé par la Russie, l'Iran (deux alliés de Damas) et la Turquie (soutien des rebelles), qui crée des "zones de désescalade" dans l'ouest et le centre du pays, l'armée fait cap vers les zones désertiques de l'est du pays.

L'objectif est de s'emparer de la région pétrolière de Deir Ezzor, où une garnison et l'aéroport militaire sont assiégés par l'EI, et aussi de contenir les forces soutenues par les États-Unis, qu'il s'agisse des Forces démocratiques syriennes (FDS, alliance arabo-kurde) qui tentent de s'emparer de Raqa, fief de l'EI, ou des rebelles stationnés à Al-Tanaf.

Illégitime

La Russie a également condamné vendredi ce bombardement qu'elle a qualifié par la voix de son chef de la diplomatie d'"illégitime".

"Quelle que soit la raison ayant motivé la décision du commandement des Etats-Unis d'effectuer un tel bombardement, il est illégitime, illégal et il s'agit d'une nouvelle grave violation de la souveraineté de la Syrie", a déclaré Sergei Lavrov, cité par l'agence de presse Interfax.

Ce bombardement risque d'avoir un impact négatif sur les "efforts de ceux qui luttent réellement +sur le sol+ et dans les airs contre les terroristes de l'EI et de l'ancien Front al-Nosra", a-t-il affirmé.

Il a ajouté qu'à sa connaissance, la Russie n'avait pas été prévenue des frappes de la coalition.


(©AFP / 19 mai 2017 17h46)
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