Niger: trois militants arrêtés après une manifestation interdite

Niamey - Trois militants de la société civile nigérienne ont été arrêtés dimanche après des heurts à Niamey entre la police et des manifestants qui ont bravé l'interdiction d'une marche contre la loi de finances, ont indiqué lundi leurs proches.

Il s'agit d'Ibrahim Diori, membre d'Alternative Espaces Citoyens, Maikoul Zodi, coordinateur pour le Niger de la campagne Tournons la page et Abdourahamane Idé Hassane, dirigeant d'une association de jeunesse, ont précisé leurs proches sur des réseaux sociaux.

Des télévisions locales et une source sécuritaire ont confirmé ces trois arrestations.

Les autorités avaient interdit la manifestation de dimanche pour "des raisons de sécurité". Mais les organisateurs de la contestation ont dénoncé "le caractère illégal" de l'interdiction et appelé leurs militants et à "organiser la résistance citoyenne". Ils avaient projeté d'organiser "une marche et un sit-in" devant le Parlement "jusqu'à minuit".

Le 25 mars, les quatre principales figures de la fronde contre le loi de finances avaient déjà été arrêtées, dans des circonstances similaires.

"Les arrestations et interdictions répétitives de manifestations pacifiques, sur la base de prétextes sécuritaires, révèlent la détermination des autorités nigériennes à museler les défenseurs des droits humains", a réagi Amnesty International dans un communiqué, notant aussi que "les journalistes sont régulièrement visés par des agressions brutales de la part des forces de sécurité".

"Si les autorités ne veulent pas entendre les appels des organisations de la société civile, il est temps pour la communauté internationale de leur demander de mettre un terme immédiat à cette vague de répression", ajoute Kiné Fatim Diop, chargée de Campagnes sur l'Afrique de l'Ouest pour l'organisation de défense des droits de l'Homme.

Depuis octobre 2017 et la préparation du budget 2018, un collectif de la société civile, l'opposition politique et quelques syndicats organisent régulièrement des manifestations pour demander "l'abrogation" de la loi de finances qu'ils jugent "antisociale".

Les protestataires reprochent au gouvernement d'avoir créé de nouvelles taxes et de nouveaux impôts et d'avoir "accordé des cadeaux fiscaux d'une vingtaine de milliards de francs CFA" (une trentaine de millions d'euros) aux compagnies de téléphonie.

Début avril, le président du Niger Mahamadou Issoufou avait estimé que la loi de finances 2018 était "contestée" par "une minorité" des Nigériens et qu'elle "répond(ait) aux aspirations du peuple".


(©AFP / 16 avril 2018 20h15)
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