Objets connectés: l'"aïotisation" gagne l'industrie

Lyon - Au-delà des accessoires connectés vantés par les magazines, l'internet des objets devrait surtout se généraliser dans l'industrie, permettant selon ses promoteurs de réduire les coûts et de proposer davantage de services aux utilisateurs.

Et si le Showroom de l'internet des objets (SiDO) organisé mercredi et jeudi à Lyon a présenté une soixantaine de start-up, les participants ont beaucoup parlé d'"aïotisation des process", un affreux barbarisme formé à partir de l'abréviation anglaise IoT (internet of things), largement employée dans la profession.

Il s'agit en gros de mettre des capteurs un peu partout, l'analyse des données permettant d'optimiser les processus de production (les fameux "process"), de prévenir les pannes et/ou d'éviter de changer des pièces trop tôt, de faire des mises à jour en ligne et de mieux gérer les stocks. D'où, en fin de compte, des économies.

Le marché mondial des objets connectés devrait selon une étude récente du Boston Consulting Group (BCG) croître de plus de 20% par an pour atteindre 250 milliards de dollars en 2020, essentiellement dépensés sur le segment des entreprises (ou "BtoB", business to business).

Cette petite révolution fait le bonheur des sociétés technologiques et des consultants, qui proposent désormais des solutions plus ou moins intégrées, de la conception à la maintenance. Ils ont a leur disposition des catalogues entiers de solutions connectantes.

"On parle beaucoup de connectique, mais à quoi ça sert? Connecter pour quoi et par rapport à quoi?", interroge Luiz Bautzer, conseiller IoT au groupe de services informatiques Econocom.

"Les technologies sont présentes, les innovations sont là, les objets sont là, il y en a pléthore. L'important, c'est évidemment de choisir les bons pour l'usage qu'on a", renchérit Béatrice Felder, directrice générale d'Orange Applications for Business, filiale de solutions dédiées aux entreprises de l'opérateur télécom.

"Ce qui est compliqué en ce moment, c'est la difficulté des entreprises à intégrer les changements qu'apporte l'IoT dans leur transformation" avec notamment des métiers entiers qui sont bousculés, ajoute-t-elle. Sans oublier les masses de données qu'il faut savoir récolter, trier et analyser.

- Evangéliser les entreprises -

D'où le salon professionnel SiDO, destiné selon sa cofondatrice Paola Jesson à "évangéliser les entreprises pour qu'elles puissent passer à l'action".

Lesdites entreprises vont aussi connecter de plus en plus leurs produits finis, non pas pour passer de la musique ou régler la lumière en fonction du goût de chacun, mais pour en assurer la maintenance. Et aussi pour proposer de nouveaux services, d'autant plus personnalisés qu'elles sauront ce que les clients font de leurs appareils.

"On va vers la +servitisation+ des objets industriels", note Luiz Bautzer, désignant un ventilateur connecté sur son stand. "Vous n'allez pas acheter un ventilateur, mais un service de ventilation!"

Et tant pis si le client est espionné, reconnaît-il: cet espionnage est consenti contre la garantie d'un produit plus fiable.

Plus généralement, estime Paola Jesson, "il faut sortir des objets connectés un peu gadget". "C'est simple de connecter quelque chose, mais pour que ce soit pérenne, il faut que ça réponde à un vrai besoin!"

"Ce n'est pas parce que c'est connecté qu'il faut oublier toutes les règles de la conception d'un produit", ajoute Bertrand Barré, président de Groupe Zebra, une agence de conseil en développement de produits innovants.

Et donc partir du besoin avant d'arriver au produit, et non l'inverse.

Il faut aussi savoir multiplier les prototypes et les tester, les faire tester.

"La clef, c'est de (savoir) se tromper. Et surtout de ne pas sortir tout de suite un produit déjà fini en croyant qu'il va séduire tout le monde" après l'avoir mis au point tout seul dans son garage, sourit-il.

"On est dans un marché en ébullition, il y a trop de déperdition d'argent parce que ça manque de méthode."

liu/els/fpo/aro

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(©AFP / 06 avril 2017 16h49)