Pays-Bas: la visite du conseiller du président érythréen jugée "gênante"

La Haye - Les Pays-Bas, qui comptent une importante population d'origine érythréenne, se sont dits préoccupés mardi par la visite d'un conseiller du président érythréen Issaias Afeworki venu participer à un congrès destiné aux jeunes du parti au pouvoir, seul autorisé en Erythrée.

Le directeur des affaires politiques du Front populaire pour la démocratie et la justice (FPDJ), Yemane Gebreab, est arrivé lundi aux Pays-Bas, "un jour plus tôt que prévu", a indiqué à l'AFP Mirjam van Reisen, professeure de Relations internationales et membre du Centre d'expertise sur l'Erythrée à l'Université de Tilburg.

Celui qui est considéré comme le deuxième homme le plus important du pays après le président a l'intention de s'adresser à de jeunes Erythréens au cours du congrès annuel de la jeunesse du parti qui doit se tenir de jeudi à lundi aux Pays-Bas, selon un communiqué publié sur la page Facebook des Jeunes FPDJ aux Pays-Bas (YPFDJ Holland).

Le gouvernement "est préoccupé par la situation des droits de l'Homme en Erythrée et considère la visite de M. Gebreab gênante, parce qu'un haut fonctionnaire érythréen va s'adresser à des Erythréens qui ont quitté leur pays", a indiqué le gouvernement néerlandais, informé de sa visite par l'ambassade d'Erythrée à Bruxelles.

Le président Issaias Afeworki, ancien chef rebelle et héros de l'indépendance après 30 ans de guerre contre l'Ethiopie, dirige le pays sans partage depuis l'indépendance en 1991. Le FPDJ y est le seul parti autorisé, aucune élection n'a été organisée depuis l'indépendance et toute opposition est très brutalement réprimée.

Aux Pays-Bas, les Erythréens constituent le deuxième groupe de demandeurs d'asile, après les Syriens. En 2016, le pays a accueilli 2.800 personnes d'origine érythréenne, soit 9% de l'ensemble des réfugiés, selon l'Organe central pour l'accueil des demandeurs d'asile.

Une grande partie des 20.000 personnes d'origine érythréenne qui vivent aux Pays-Bas sont victimes d'intimidation et de pressions, selon un récent rapport du Centre d'expertise sur l'Erythrée.

La raison de la venue de M. Gebreab "est qu'il organise la branche jeunesse du parti et aussi, de façon plus générale, le long bras (du régime) qui comprend les églises, les associations féminines,...", a affirmé Mme Van Reisen.

"L'objectif de ces organisations est d'espionner toute personne qui n'est pas d'accord avec la dictature, (...) de dénoncer ceux qui ne sont pas loyaux envers le régime et de s'assurer que des mesures puissent être prises", a-t-elle ajouté.

D'après l'experte, de nombreux réfugiés craignent notamment que les membres de leur famille ne soient punis en Erythrée, privés de bons alimentaires, ciblés par des amendes, agressés ou emprisonnés.

"Des gens disparaissent", rapporte la spécialiste, évoquant la violence associée à ce groupe. "Leur vie devient impossible et misérable."

Le régime au pouvoir est accusé de retenir dans ses geôles des milliers de prisonniers politiques. D'après l'ONU, environ 5.000 Erythréens quittent chaque mois leur pays, peuplé d'environ 3 millions d'habitants, en quête d'une vie meilleure.

Le conseiller du président érythréen Afeworki dispose d'un visa lui donnant accès à l'ensemble de l'espace Schengen, selon les Pays-Bas.

"La visite de Gebreab ne sera pas facilitée et sera gérée comme une affaire privée", ont précisé les autorités néerlandaises dans un communiqué. "Cela implique entre autres qu'il ne sera pas reçu par le gouvernement néerlandais ou par de hauts fonctionnaires."


(©AFP / 11 avril 2017 19h49)
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