Pétrole: les Etats-Unis fragilisent le rééquilibrage du marché

Une station de pompage de pétrole dans la région de Midland au Texas (Etats-Unis), le 21 janvier 2016 / © GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives / SPENCER PLATT
Après des mois d'optimisme et de remontée des cours du pétrole, l'augmentation de l'offre des Etats-Unis, qui pourrait à elle seule "égaler la hausse de la demande mondiale" en 2018, fragilise le rééquilibrage du marché, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

L'offre de pétrole "progressera probablement plus vite que la demande" cette année, estime mardi dans son rapport mensuel sur le pétrole l'AIE, qui a également légèrement relevé sa prévision de demande mondiale.

Selon elle, la demande mondiale de pétrole devrait croître de 1,4 million de barils par jour (mb/j) en 2018, contre une prévision de +1,3 mb/j précédemment. Au total, elle atteindrait 99,2 mb/j.

Pour autant, ce relèvement de prévision de la demande ne devrait pas permettre d'absorber l'augmentation de l'offre provenant de l'exploitation par les Etats-Unis des hydrocarbures non conventionnels.

Le rapport souligne qu'"après avoir considérablement réduit les coûts", les producteurs américains connaissent une "croissance si extraordinaire" que l'augmentation de leur production en 2018 "pourrait égaler la hausse de la demande mondiale".

Le pays profite ainsi pleinement de la remontée des cours, conséquence de l'accord de réduction de la production entre l'Opep et d'autres pays producteurs, dont la Russie. Cet accord, signé en 2016, court jusqu'à la fin de l'année.

Si l'objectif semblait à portée de main, les stocks de produits pétroliers ayant considérablement décru dans les pays membres de l'OCDE en 2017 et les prix ayant connu une belle remontée en deux ans, l'augmentation de l'offre américaine, régulièrement revue à la hausse, commence à inquiéter les marchés.

Depuis novembre, la production américaine de brut a ainsi connu une croissance "colossale", selon l'AIE, avec 846.000 barils de plus produits chaque jour, et le pays serait en passe de devancer l'Arabie Saoudite puis, d'ici à la fin de l'année, la Russie, devenant "le leader mondial".

- Chute des cours -

L'Opep, qui s'est félicitée lundi des "efforts" entrepris par les pays signataires de l'accord de réduction, a indiqué dans le même temps que la production des Etats-Unis, non concernée par celui-ci, demeurait "préoccupante".

Selon le rapport hebdomadaire du ministère américain de l'Energie (DoE) publié mercredi dernier, la production aux Etats-Unis a dépassé les 10 millions de barils par jour, quand dans le même temps les réserves américaines de brut ont augmenté de 1,9 million de barils, celles d'essence de 3,4 millions de barils, et celles des autres produits distillés de 3,9 millions de barils

Ces chiffres, associés à la volatilité à Wall Street, ont fait chuter les cours du pétrole à New York et Londres.

Le baril de light sweet crude (WTI) et celui de Brent de la mer du Nord ont ainsi perdu respectivement 9,55% et 8,59% sur la semaine, retrouvant leurs niveaux de fin et mi-décembre. C'est la plus forte chute hebdomadaire qu'a connue le pétrole en deux ans.

"Les fondamentaux sous-jacents du marché pétrolier, en ce début d'année 2018, semblent moins favorables au prix", relève l'AIE.

L'Agence souligne néanmoins que "beaucoup de choses peuvent changer dans les prochains moins", citant la détérioration de la situation au Venezuela, où la crise économique et politique a déjà fait chuter les extractions, ainsi qu'une croissance économique mondiale plus haute qu'attendu, ce qui tirerait vers le haut la demande d'or noir.



(©AFP / 13 février 2018 12h07)
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