Pollution en Grèce: les ONG critiques, le gouvernement se défend

Athènes - Des groupes de défense de l'environnement ont pointé du doigt jeudi l'échec des autorités grecques après le naufrage d'un pétrolier d'où se sont échappées des nappes de mazout dimanche au large de l'île de Salamine, près d'Athènes, qui ont gagné le port du Pirée et des quartiers balnéaires.

Le ministre de la marine marchande, Panagiotis Kouroublis, particulièrement sur la sellette dans cette affaire, et dont le principal parti d'opposition Nouvelle Démocratie (droite) a demandé la démission, a justifié au contraire jeudi la manière dont le gouvernement a réagi.

Dimanche, l'Agia Zoni II, un bâtiment de 91 mètres construit en 1972 et battant pavillon grec, a sombré en pleine nuit pour une raison encore imprécise entre le sud-est de Salamine et le Pirée.

Il a laissé échapper quelque 2.500 tonnes de mazout et de carburant pour navires.

Le ministre, auquel il est reproché d'avoir attendu plusieurs jours pour revenir de Londres, où il assistait à une conférence sur le transport maritime, s'est rendu jeudi matin sur les lieux touchés par la pollution.

Il a assuré que "la situation s'améliore de jour en jour". "On ne voit pas de destruction massive parmi les oiseaux et les poissons", a-t-il relevé, soulignant qu'une vingtaine de navires étaient affectés au nettoyage, qui devrait prendre un mois environ.

"Dans 25 à 30 jours, la situation aura complètement changé", a assuré le ministre, ajoutant qu'"un effort énorme" est réalisé actuellement.

Il a expliqué que l'Agia Zoni avait sombré en à peine un quart d'heure et qu'un bateau anti-pollution des garde-côtes était sur place dans les trois heures.

Des barrières anti-pollution ont été placées à la surface de la mer six heures après le naufrage pour empêcher la nappe de s'étendre, mais le mazout a coagulé, a légèrement plongé et est passé sous les barrières, selon le ministre.

"Nous aussi, nous nous demandons comment il y a pu avoir une fuite alors que les barrières étaient là", a-t-il plaidé.

Les ONG environnementales ne cachaient pas leur dépit.

"Cette fuite a eu lieu près du plus grand port du pays, à tout juste quelques kilomètres du centre d'opération du ministère qui gère ce genre de catastrophes", a accusé Dimitris Ibrahim, directeur de campagne de la branche de l'organisation internationale Greenpeace en Grèce, sur le portail d'informations in.gr.

La quantité de mazout qui s'est échappée était de plus "relativement faible", a insisté M. Ibrahim.

Comment "un pays avec un trafic de pétroliers important a été à ce point incapable de protéger ses plages d'un incident de petite échelle", s'interrogeait de son côté l'ONG WWF.

"Il est clair que ce test de préparation a échoué", a considéré pour sa part le directeur général de WWF en Grèce, Dimitris Karavelas, sur la chaîne de télévision Skai.

Jeudi, outre Salamine à l'ouest du naufrage, et le port du Pirée à l'est, des nappes de mazout touchaient aussi les localités balnéaires d'Agios Kosmas et de Glyfada dans la banlieue sud-est de la capitale, puis peu à peu les plages populaires de Voula et Vouliagmeni.

"Nous n'aurions jamais pensé que la nappe allait nous atteindre", a témoigné sur Skai le maire de la station huppée de Glyfada, Yiorgos Papanikolaou. "Si on nous avait prévenus mardi, nous aurions pris des précautions", a-t-il ajouté.

Les maires des communes touchées ont également publié des avertissements sur la fréquentation des plages et les pêcheurs ont été priés d'éviter la zone polluées.

L'Union européenne a ajouté un bateau de nettoyage au dispositif anti-pollution.

Une opération était en cours jeudi pour vider l'Agia Zoni du reste du mazout présent à bord. Son propriétaire a affirmé qu'il était en parfait état de navigation. Les causes de son naufrage, alors qu'il était à l'ancre dans la baie par temps clément, demeurent peu claires. Le capitaine et son second, seuls à bord au moment du naufrage, sont poursuivis pour négligence.


(©AFP / 14 septembre 2017 16h15)
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