Premier Conseil européen pour Macron, qui plaide pour une Europe renforcée

Le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel lors du sommet G7 en Sicile, le 26 mai 2017 / © AFP/Archives / Filippo MONTEFORTE
Fort de sa victoire électorale en France et du soutien d'Angela Merkel, et juste après un délicat remaniement ministériel, Emmanuel Macron se lance dans l'arène européenne pour tenter de relancer l'UE, en commençant par l'Europe de la défense.

Pour son premier Conseil européen, jeudi et vendredi à Bruxelles, le chef de l'Etat plaidera pour un ministre des Finances de la zone euro, une vraie défense européenne, des frontières communes mieux protégées, des armes anti-dumping et la lutte contre le "dumping social" en Europe, en durcissant les règles sur les travailleurs détachés.

Une Europe renforcée mais "qui protège" sera le seul rempart aux populismes et au rejet de l'UE, a-t-il réaffirmé dans une interview mercredi à 8 journaux européens.

Il a aussi exposé son credo d'une Europe capable de transformer le monde et dont la France peut être un moteur, mais seulement si elle se réforme d'abord.

Les crises dans le monde "sont issues pour partie des inégalités profondes engendrées par l'ordre mondial, et du terrorisme islamiste. À ces déséquilibres s'ajoute celui du climat", a-t-il estimé.

"Nous allons gagner cette bataille dont l'Europe porte la responsabilité" car c'est "le seul endroit au monde où les libertés individuelles, l'esprit de démocratie et la justice sociale se sont mariés à ce point", a-t-il ajouté.

Convaincu de l'importance de l'axe franco-allemand, Emmanuel Macron a obtenu le soutien d'Angela Merkel: Paris et Berlin présenteront un front uni sur la plupart des grands sujets -- défense, politique migratoire, climat, lutte anti-terroriste et protection commerciale.

Emmanuel Macron voit ses ambitions européennes bénéficier d'un contexte international favorable, avec un président américain hostile au multilatéralisme et un Royaume-Uni, souvent réticent au renforcement de l'alliance, qui se retire.

La chancelière allemande joue le jeu: elle s'est déclarée prête mardi à discuter des idées du président français de créer un noyau dur de la zone euro, avec un budget et un super ministre des Finances.

Le premier résultat concret du sommet, espère l'Elysée, devrait concerner la défense, avec la création du fonds européen de la défense proposé par la Commission européenne le 7 juin, qui doit mobiliser 5,5 milliards d'euros par an pour la défense européenne, avec des scénarios d'intégration militaire renforcée.

"La France et l'Allemagne soutiennent activement ces propositions ambitieuses. Nous espérons que le Conseil européen validera ce choix", a indiqué l'Elysée.

- 'L’atmosphère a changé' -

En revanche, sur la limitation du travail détaché, promesse de campagne du président Macron, le Conseil européen a repoussé sa décision à l'automne.

Le sujet divise encore plus depuis que la France a rejeté mi-juin un texte de compromis qu'elle jugeait trop mou, au risque de braquer les pays de l'Est.

Emmanuel Macron plaide pour durcir le projet de la Commission, qui prévoit d'aligner les rémunérations des travailleurs détachés sur ceux de la main-d'oeuvre locale. Paris veut davantage de lutte contre la fraude et limiter le détachement à un an.

Sur la protection commerciale, la France demandera au Conseil de renforcer les outils antidumping, un sujet qui là encore ne fait pas l'unanimité.

La tâche est ardue pour Emmanuel Macron car la chancelière allemande attend, en retour de son appui, qu'il réussisse sa réforme du marché du travail et l'assainissement de ses finances publiques.

"Emmanuel Macron sera en terrain connu, avec des dirigeants qu'il a pour beaucoup déjà rencontrés. Il existe une attente assez forte de ses partenaires et un vent qui souffle pour lui", a commenté François Heisbourg, président de l'International Institute for Strategic Studies de Londres.

"Mais les choses sérieuses ne commenceront qu'après les élections allemandes (en octobre), surtout sur le projet de Macron de créer un noyau dur de la zone euro, dont la Pologne ne ferait donc pas partie", a-t-il souligné.

"Nous espérions tous la victoire de Macron, elle confirme que l'atmosphère a changé à Bruxelles", a renchéri un diplomate européen de haut rang. "Si on regarde le projet de conclusions, on voit un effort collectif pour ne pas rendre la vie de Macron trop difficile pour ses promesses de reformes".

"Le président Macron a donné plusieurs signes encourageants mais le principal qui doit encore venir, ce sont les réformes à faire en France", a nuancé un de ses collègues.



(©AFP / 22 juin 2017 08h16)