Protection des données: la Chine réprimande ses géants du web

Le stand du groupe Baidu, le 4 décembre 2017, lors de la Conférence mondiale de l'internet organisée à Wuzhen, dans l'est de la Chine / © AFP/Archives / -
Pékin a annoncé vendredi avoir réprimandé plusieurs groupes technologiques locaux sur leurs pratiques "inadéquates" de collecte et de sécurisation d'informations sur leurs usagers, à la suite d'une rare polémique dans le pays sur la protection des données personnelles.

Sont explicitement visés le géant de l'internet Baidu, la plateforme de paiement électronique Ant Financial -- associée au numéro un local de l'e-commerce Alibaba --, ainsi que la très populaire application Jinri Toutiao, un agrégateur d'articles d'actualité.

"Ces trois entreprises conservent des règles inadéquates sur la collecte et l'usage des données personnelles de leurs usagers et une communication insuffisante à ce sujet", a indiqué le ministère chinois de l'industrie et des technologies de l'information (MIIT) dans un communiqué.

Une mise en garde très inhabituelle de la part du régime communiste, qui exerce lui-même une étroite surveillance des contenus échangés en ligne et alimente de gargantuesques bases de données à visée sécuritaire sur ses citoyens.

Les trois groupes technologiques visés, dont des responsables ont été convoqués au ministère, "se sont vus enjoindre de rectifier immédiatement leurs pratiques" en informant "complètement" leurs usagers sur les données qui leur sont soutirées, poursuit la déclaration au ton véhément.

Aucune pénalité n'est mentionnée, mais les entreprises, selon le MIIT, ont assuré qu'elles conduiraient des enquêtes internes pour "corriger" leurs manquements.

Cette convocation survient peu après une vive polémique début janvier autour d'Alipay, la première plateforme chinoise de paiement électronique (520 millions d'utilisateurs), exploitée par Ant Financial et affiliée à Alibaba.

Des usagers avaient remarqué que la plateforme les avaient enrôlés à leur insu dans un service de notation financière avec partage des données avec des tiers: le dispositif, accusé d'empiéter sur la vie privée, avait été abondamment dénoncé par les internautes chinois.

Face au scandale, relayé par des médias étatiques, Alipay avait finalement présenté ses excuses et retiré le cochage automatique d'une case à l'origine du litige.

Pour les observateurs, l'affaire suggère que les Chinois sont devenus plus sensibles à la notion de protection de la vie privée, à l'heure même où les applications mobiles (messagerie, paiement, e-commerce, réservations de taxis ou de repas) sont devenues omniprésentes dans leur vie quotidienne.

Des départements spécialisés vont continuer d'inspecter les applications et services internet pour vérifier qu'ils "n'enfreignent pas la vie privée des utilisateurs" et que ces derniers sont pleinement informés, a martelé vendredi le MIIT, assurant que "les pratiques illégales seront sévèrement sanctionnées et exposées" au grand public.



(©AFP / 12 janvier 2018 12h06)


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