Raids meurtriers dans le sud syrien menacé par une offensive du régime

Beyrouth - Un hôpital a été endommagé et cinq civils ont été tués dimanche dans des raids aériens sur les territoires rebelles du sud de la Syrie, a indiqué une ONG, le régime de Damas faisant planer la menace d'une offensive contre les insurgés.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a imputé ces raids meurtriers ayant visé l'est de la province de Deraa à l'aviation de Moscou, allié indéfectible du régime. Samedi soir, l'ONG avait rapporté des frappes russes sur le secteur, pour la première fois en près d'un an.

La pression s'accentue sur le sud syrien: selon un commandant rebelle, les Etats-Unis ont écarté toute intervention militaire pour épauler les insurgés, et la Jordanie voisine a indiqué qu'elle n'était pas en mesure d'accueillir un nouvel afflux de réfugiés.

La région est hautement stratégique. Frontalière de la Jordanie mais surtout du plateau du Golan -dont une large partie est annexée par Israël-, elle fait l'objet depuis juillet 2017 d'un cessez-le-feu négocié par Moscou, Washington et Amman.

Pourtant, depuis mardi, le pouvoir de Bachar al-Assad a intensifié ses bombardements sur l'est de Deraa, faisant craindre un assaut imminent. Il a grignoté le territoire rebelle, avec la conquête de quatre localités.

"Cinq civils ont été tués dans les frappes aériennes menées par des avions russes" contre plusieurs localités dans l'est de Deraa, a indiqué le directeur de l'Observatoire, Rami Abdel Rahmane.

L'OSDH, qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, détermine les auteurs des raids à partir du type d'avion utilisé, du lieu de la frappe, des plans de vol et des munitions utilisées.

Dans la localité d'al-Herak, ces raids ont endommagé un des hôpitaux du village, qui est temporairement hors-service, a précisé M. Abdel Rahmane.

- "Nouvelle vague de réfugiés" -

Les rebelles répliquent par des tirs d'artillerie sur les régions gouvernementales et une petite fille a ainsi été tuée dimanche dans la province de Soueida, selon l'agence officielle SANA.

Contacté par l'AFP, un commandant rebelle a indiqué que Washington a d'ores et déjà prévenu les insurgés qu'ils ne devaient pas compter sur une intervention militaire américaine.

"Nous comprenons que vous devez prendre une décision (de combattre) basée sur vos intérêts, les intérêts de votre peuple et de votre groupe", souligne le message en arabe envoyé par Washington et transmis à l'AFP par les rebelles.

Toutefois, ajoute le texte, "vous ne devez pas baser votre décision sur la supposition ou l'espoir d'une intervention militaire de notre part".

Les Etats-Unis n'ont pas confirmé l'envoi d'un tel message.

Au total depuis mardi, 25 civils ont été tués dans les bombardements, selon l'OSDH. Et d'après les Nations unies, les opérations du régime dans le sud mettent en danger plus de 750.000 civils.

Mais alors que des milliers ont déjà été déplacés dans le secteur à cause des violences, la Jordanie a averti ne pas pouvoir faire face à un nouvel afflux.

"Le grand nombre de Syriens que nous accueillons, et ce que cela implique en termes de ressources financières et d'infrastructures, ne nous permet pas de recevoir une nouvelle vague de réfugiés", a affirmé la ministre d'Etat en charge des médias, Joumana Ghneimat.

En Jordanie, quelque 650.000 réfugiés syriens ont été enregistrés auprès des Nations unies, mais les autorités évaluent leur nombre à près d'1,3 million.

"La Jordanie n'a pas et n'abandonnera pas son rôle humanitaire et son engagement aux chartes internationales mais le pays est incapable d'absorber une nouvelle vague de réfugiés", a ajouté la ministre.

Le conflit qui ravage la Syrie depuis 2011 a fait plus de 350.000 morts et jeté sur les routes de l'exil des millions de personnes.

Grâce à l'appui militaire de ses alliés russe, iranien et du Hezbollah libanais, le régime syrien a progressivement repris le contrôle de plus de 60% du pays, selon l'OSDH.

(©AFP / 24 juin 2018 15h44)
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