Roumanie: le président du Sénat visé par une enquête de corruption dans le dossier Microsoft

Bucarest - Une enquête a été ouverte à l'encontre du président du Sénat roumain, Calin Popescu-Tariceanu, soupçonné d'avoir touché 800.000 dollars de pots-de-vin lors de l'achat de licences Microsoft quand il était à la tête du gouvernement en 2008, a annoncé le Parquet anticorruption (DNA).

L'ex-Premier ministre de centre-droit (2004-2008) est mis en cause concernant un achat gouvernemental de 40.000 licences Microsoft pour 26 millions de dollars, qu'il avait avalisé. Une partie des 800.000 dollars perçus illégalement serait allée au financement de sa campagne électorale, a précisé jeudi le DNA.

Cette enquête a été ouverte sur la base d'une demande formulée par Vienne, une société autrichienne ayant été l'intermédiaire dans cette affaire, ont précisé les procureurs.

M. Tariceanu, qui dirige à 66 ans le petit parti Alde allié aux sociaux-démocrates (PSD) au pouvoir, a rejeté ces accusations, affirmant qu'elles s'inscrivent dans une série d'"actions antidémocratiques et anticonstitutionnelles" du corps judiciaire, régulièrement critiqué par la majorité.

Selon la loi, le DNA doit obtenir l'autorisation des sénateurs pour lancer des poursuites à son encontre, une démarche à l'issue incertaine car la coalition PSD-Alde dispose d'une assise solide dans cette chambre.

Une dizaine d'anciens ministres ont été visés depuis 2014 par une vaste enquête portant sur l'achat de licences Microsoft. L'un d'entre eux, Gabriel Sandu, en charge des Communications entre 2008 et 2010, a été définitivement condamné à trois ans de prison ferme en 2016.

L'enveloppe de 26 millions de dollars débloquée en 2008 fait partie d'un des nombreux avenants signés par Bucarest à la suite d'un contrat d'achat de licences d'un montant initial de 54 millions de dollars, conclu en 2004.

Sur cette somme, "20 millions ont représenté des commissions réclamées par des personnes impliquées dans ce contrat, aussi bien au sein de ministères que de compagnies privées", estime le DNA.

Microsoft a été soupçonné de versements de pots-de-vins dans plusieurs pays à travers le monde ces dernières années. Les autorités américaines ont notamment ouvert récemment une enquête sur des ventes de logiciels en Hongrie, a affirmé le Wall Street Journal en août.

Le journal financier avait déjà évoqué en 2013 l'ouverture d'enquêtes américaines concernant des marchés en Chine, en Italie, en Russie, au Pakistan et en Roumanie. Le quotidien a toutefois reconnu l'été dernier n'avoir pas pu établir si ces enquêtes étaient toujours en cours concernant ces cinq pays.

mr/phs/pg

MICROSOFT

(©AFP / 08 novembre 2018 13h06)
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