Sapin: Schäuble, homme "délicieux", incarnation du "sérieux allemand"

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble à Tallinn, en Estonie, le 16 septembre 2017 / © AFP / RAIGO PAJULA
Après avoir côtoyé pendant trois ans son homologue allemand Wolfgang Schäuble, figure politique outre-Rhin et dans l'UE qui participe lundi à son dernier Eurogroupe, le ministre français des Finances entre 2014 et 2017, Michel Sapin, décrit un homme à la fois "dur" et "délicieux".

Question: Comment décririez-vous la personnalité de Wolfgang Schäuble ?

Réponse: "C'est un personnage très paradoxal. Il est extrêmement dur dans ses convictions, dans ses expressions, dans les rapports de force, y compris à l'Eurogroupe. Mais c'est par ailleurs un homme extrêmement compréhensif, prêt à trouver des compromis. Pour un ministre français, c'est un interlocuteur très précieux par son côte francophile et europhile. Il a une connaissance très intime de la vie politique et économique française. Il lisait +Le Monde+ tous les jours. Il lui est même arrivé qu'il m'appelle sur une question d'actualité que je n'avais pas vue sur la France. Il a une forme de tendresse vis-à-vis de la France".

Q: Comment se comportait-il lors des Eurogroupes (les réunions mensuelles des ministres des Finances de la zone euro ?)

R: "Schäuble incarne en quelque sorte le sérieux et la brutalité allemande, mais c'est aussi quelqu'un de délicieux. C'est par ailleurs le seul qui pouvait dire: +J'ai connu la crise grecque depuis le début+. La caractéristique qui m'avait le plus frappé, c'est son côté européen, même s'il était de plus en plus critique vis-à-vis de l'UE. Il trouvait la Commission trop politique, la BCE (Banque centrale européenne) trop laxiste. Ca l'avait rendu plus sceptique par rapport à l'intégration européenne, mais pas sur la construction européenne. Certains pensent que son départ peut faciliter les compromis. Ce n'est pas forcément vrai. Les vrais compromis, ceux qui tiennent, sont passés entre gens exigeants".

Q: Est-il allé trop loin en 2015 quand il a estimé que la Grèce, alors en pleine crise, devait quitter temporairement la zone euro ?

R: "C'est une erreur majeure, le point sur lequel nous nous sommes le plus vivement affrontés. Il y avait un désaccord total. C'était une erreur à la fois technique et politique. Au final, je ne sais pas s'il l'a fait par conviction, pensant que ça permettrait à la Grèce de se refaire et de revenir dans la zone euro, ou si c'était une tactique. Il y avait un jeu subtil entre lui et la chancelière, y compris sur ce point là, un côte +good cop, bad cop+ (gentil flic, méchant flic)".



(©AFP / 08 octobre 2017 08h13)
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