Sous Trump, l'allègement de la règlementation bancaire est en marche

La Réserve fédérale (Fed) américaine va "jeter un regard nouveau" sur la régulation financière, a récemment promis Randal Quarles, nouveau gouverneur de la Fed chargé de la supervision bancaire / © AFP/Archives / SAUL LOEB
Jeu de chaises musicales au sommet des instances régulatrices, mesures administratives, projets de loi: l'assouplissement de la régulation bancaire et financière, voulu par le président Trump aux États-Unis, est en marche.

La Réserve fédérale (Fed) américaine va "jeter un regard nouveau" sur la régulation financière, a récemment promis Randal Quarles, nouveau gouverneur de la Fed chargé de la régulation bancaire, qui a été nommé par Donald Trump.

Le président américain a dès le début de son mandat vilipendé la règlementation financière mise en place après la crise de 2008, à travers la loi Dodd-Frank. "Nous allons beaucoup couper dans Dodd-Frank parce que franchement, j'ai tellement de gens, des amis qui ont de bonnes entreprises, qui ne peuvent pas emprunter de l'argent", avait-il déclaré.

M. Trump aura l'occasion de renforcer son empreinte au sommet de la Fed, l'instance suprême de la régulation bancaire, en nommant dans les mois qui viennent au moins trois gouverneurs sur sept au directoire de la banque centrale.

Il a déjà remplacé Janet Yellen, sa présidente, par un avocat et ex-banquier d'investissement, Jerome Powell.

La profession bancaire affirme déjà constater "un ton différent" et "une approche de l'industrie qui est plus amicale (...) davantage orientée vers la croissance", selon Wayne Abernathy, un des vice-présidents de l'association des banquiers américains ABA.

Ce banquier, interrogé par l'AFP, assure qu'à la Fed, M. Powell "va accélérer le processus" d'assouplissement.

Même si la Fed avait commencé sous Mme Yellen à mettre de l'eau dans son vin, certains affirment que la présidente de la banque centrale a perdu ses chances d'être reconduite pour un deuxième mandat lorsqu'elle a défendu avec vigueur les garde-fous financiers lors d'un discours à Jackson Hole l'été dernier.

"Tout ajustement du cadre réglementaire devrait être modeste et préserver la meilleure résilience des grandes institutions financières qui découle des réformes de ces dernières années", avait-elle plaidé.

À l'arrivée de M. Trump à la Maison Blanche, son secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, ancien banquier de Goldman Sachs, avait promis aux banquiers régionaux qu'il aiderait "à changer de ton".

Depuis, trois rapports sont sortis du Trésor plaidant pour un amenuisement de la régulation des banques de taille moyenne, une réduction des tests de résistance, une restructuration du Consumer Financial Protection Bureau (CFPB), jugé trop indépendant, et une dilution de la règle Volcker qui interdit la spéculation des banques pour leur propre compte.

- 'Mauvaise direction' -

"Ils vont faire tout ce qu'il peuvent" pour dérèglementer "en créant cette mythologie (qu'avec la régulation) les banques mettent la clé sous la porte", a affirmé à l'AFP Dean Baker, du Center for Economic and Policy Research. "Cela va dans la mauvaise direction, en laissant la porte ouverte à des abus qui, s'ils ne vont probablement pas menacer le système financier, vont provoquer des dégâts et sans doute faire du mal aux gens", ajoute cet économiste.

Sous l'impulsion du Trésor, le Sénat américain a déjà interdit le mois dernier les procès en nom collectif contre les établissements bancaires, rejetant une proposition en ce sens du CFPB.

Dans le collimateur des banques, qui l'accusent de "créer de la bureaucratie", selon M. Abernathy de l'ABA, le patron de cette instance de protection des consommateurs créée par l'administration Obama a annoncé mercredi sa démission.

Autre point de crispation, les normes de fonds propres que doivent conserver les groupes financiers dit "systémiques" parce que leur faillite mettrait le système financier en danger. Ces normes "sont beaucoup trop complexes et coûteuses", affirme le représentant de l'ABA, doutant aussi qu'elles soient appliquées internationalement.

Certains pans de réformes, comme l'allègement de la régulation pour les plus petites banques, font davantage consensus, même de la part des démocrates.

Lundi, des sénateurs des deux partis sont tombés d'accord sur un projet de loi réduisant la surveillance des banques régionales. Autre allégement accueilli favorablement par la profession, les régulateurs envisagent de faire passer à une cadence bisannuelle l'exercice des "testaments", ces scénarios de démantèlement en cas de faillite que les grands groupes financiers doivent soumettre chaque année.

Le parlementaire démocrate à la retraite, Barney Frank, coauteur de la loi Dodd-Frank, assure pourtant "ne pas être inquiet" sur un chamboulement de la régulation. "Il y a des négociations en cours pour des petits ajustements pour les banques de taille moyenne par exemple et j'y suis favorable", a-t-il expliqué à l'AFP.

Mais il promet qu'il n'y aura pas table rase. "Il n'y aura pas de changement législatif global du cadre réglementaire. Ils n'ont pas les voix" au Congrès, assène-t-il en visant les républicains.



(©AFP / 16 novembre 2017 10h50)
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