Sri Lanka : trois morts dans des violences entre bouddhistes et musulmans

Alutgama (Sri Lanka) - De violents heurts entre un groupe extrémiste bouddhiste et des musulmans dans une zone touristique du sud du Sri Lanka ont fait trois morts et forcé les autorités à imposer un couvre-feu, a annoncé lundi un ministre.

Le ministre de la Justice, représentant de la communauté musulmane a menacé de démissionner, reprochant au gouvernement d'avoir laissé cette organisation extrémiste tenir un rassemblement dans ce lieu jugé sensible.

Trois personnes sont mortes et 78 ont été gravement blessées dans cette attaque de la foule. Des lieux de prières musulmans ont également été attaqués en totale impunité, a dit le ministre, Rauf Hakeem, venu sur les lieux des heurts.

Le gouvernement a laissé le Bodu Bala Sena (BBS) tenir un rassemblement et doit donc endosser la responsabilité de ce qui s'est produit, a-t-il ajouté, en référence à cette organisation plus connue sous le nom de Buddhist Force.

Les violences ont éclaté dans la nuit de dimanche à lundi après la réunion des partisans du BSS qui affirment avoir reçu des pierres et décidé de s'en prendre aux habitants et aux locaux d'Alutgama et de la station touristique de Beruwala.

Plusieurs mosquées ont également été endommagées dans cette zone à majorité musulmane à 60 km au sud de la capitale Colombo.

Les habitants de ces quartiers accusent la police de ne pas les avoir protégés.

Nous avons demandé à la police de venir pour empêcher la foule de s'en prendre à nos maisons mais la police n'a rien fait, a déclaré Mujahedeen, habitant de Milton Road, à Alutgama, où une dizaines d'immeubles ont pris feu.

La police a lancé des gaz lacrymogènes et imposé un couvre-feu mais n'a pu empêcher ces attaques contre plusieurs dizaines de locaux et habitations. Aucune violence contre un étranger ou un hôtel de cette zone touristique n'a été enregistrée dans l'immédiat.

La situation est largement sous contrôle mais le couvre-feu a été prolongé par précaution, a dit à l'AFP une source policière locale.

Le ministre de la Justice a indiqué qu'il était pressé par la communauté musulmane de démissionner pour protester contre l'inaction des forces de l'ordre.

Le Président du Sri Lanka Mahinda Rajapakse, en déplacement en Bolivie, a déclaré dans un communiqué qu'il ne laisserait personne s'approprier la loi et a demandé de la retenue.

Des heurts entre communautés religieuses ont déjà éclaté en janvier et l'an dernier au Sri Lanka.

Les députés musulmans ont récemment demandé au président Mahinda Rajapakse de protéger leur minorité contre des éléments extrémistes bouddhistes.

Les musulmans représentent environ 10% des 20 millions d'habitants du Sri Lanka.

Les groupes nationalistes bouddhistes accusent de leur côté les minorités religieuses d'exercer une influence politique et économique disproportionnée sur l'île.

(©AFP / 16 juin 2014 11h12)
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