Sri Lanka: démission annoncée du Premier ministre controversé Mahinda Rajapakse

Colombo - Le Premier ministre controversé du Sri Lanka Mahinda Rajapakse va démissionner, a annoncé vendredi son fils, dernier épisode en date dans la lutte de pouvoir qui paralyse depuis sept semaines le pouvoir dans le pays.

"Pour garantir la stabilité du pays, l'ancien président (Rajapakse) a décidé de démissionner de ses fonctions demain, après un discours à la nation", a affirmé Namal Rajapakse, précisant que son père allait rejoindre la coalition formée autour du président Maithripala Sirisena.

La Cour d'appel du pays a suspendu début décembre les pouvoirs en tant que Premier ministre de Mahinda Rajapakse, 73 ans, qu'il exerçait depuis le 26 octobre.

Le Sri Lanka, avec ses 21 millions d'habitants, est plongé dans une grave crise politique depuis la nomination controversée de M. Rajapakse par le président Sirisena pour remplacer Ranil Wickremesinghe au poste de Premier ministre.

Le Premier ministre démis, revendiquant la majorité au Parlement, juge son renvoi anticonstitutionnel.

Le président Sirisena n'a pas réagi dans l'immédiat, mais un député de son parti, Lakshman Yapa Abeywardena, a déclaré à la presse que le chef d'Etat avait consenti à cette démission, pour évider une paralysie totale du gouvernement après le 31 décembre.

"Si le bras de fer s'était poursuivi, nous aurions fini l'année sans budget pour 2019 et le gouvernement n'aurait pas été en mesure de poursuivre son activité", a-t-il indiqué.

La Cour d'appel avait donné jusqu'au 12 décembre à M. Rajapakse pour qu'il lui fournisse les preuves de sa légitimité et de l'autorité de son gouvernement.

Le Parlement l'avait privé de toute possibilité de dépenser des fonds publics, ce qui l'empêche notamment de présenter un budget pour 2019.

M. Sirisena a dissout le Parlement en novembre afin d'organiser des élections anticipées mais la Cour suprême a ensuite annulé cette décision et ordonné l'arrêt des préparatifs électoraux.

La Cour d'appel se prononçait après avoir été saisie par une majorité de députés arguant que M. Rajapakse restait en poste malgré les deux motions de censure votées depuis le 14 novembre par le Parlement.

Ranil Wickremesinghe pourrait être investi comme Premier ministre dimanche matin, afin de mettre fin à la vacance du pouvoir, d'après des sources dans les milieux politiques.

Jusqu'à présent, le président Sirisena avait refusé de reprendre le Premier ministre limogé, qu'il a accusé d'être "hautement corrompu" et d'avoir une conception libérale de la politique, contraire à la tradition sri-lankaise. Mais un entretien à huis-clos entre les deux hommes jeudi leur aurait permis de mettre de côté leurs différends, selon des sources proches des deux hommes.

Bête noire des défenseurs des droits de l'homme, Mahinda Rajapakse a dirigé le Sri Lanka d'une main de fer lors de ses deux mandats présidentiels de 2005 à 2015. Il a mis notamment fin en 2009 à quatre décennies de guerre civile en écrasant la rébellion de la minorité tamoule, au prix d'un bain de sang.

Évincé par M. Sirisena, son ancien ministre, lors des élections de 2015, ce proche de Pékin durant sa décennie au pouvoir était revenu sur le devant de la scène à la surprise générale, avec sa nomination contestée au poste de Premier ministre.

(©AFP / 14 décembre 2018 16h04)