Sri Lanka: le président "usurpe" les pouvoirs des députés (président du Parlement)

Colombo - Le président du Parlement du Sri Lanka, Karu Jayasuriya, a accusé dimanche le président Maithripala Sirisena, qui a dissous vendredi l'assemblée, d'"usurper" les pouvoirs des députés et demandé aux fonctionnaires de ne pas se plier à ses "ordres illégaux".

Le président sri-lankais a quant à lui justifié cette dissolution par le risque de "violences", dans une allocution télévisée.

Le Sri Lanka vit depuis deux semaines une crise politique, déclenchée par le limogeage le 26 octobre du Premier ministre Ranil Wickremesinghe par le président Maithripala Sirisena, qui a nommé à sa place l'ancien homme fort de l'île Mahinda Rajapakse (2005-2015).

Au cours des deux dernières semaines, "le pouvoir exécutif s'est emparé des droits et a usurpé les pouvoirs des membres du Parlement qui ont été élus pour représenter le peuple", a dénoncé le président du Parlement, Karu Jayasuriya.

"J'appelle tous les fonctionnaires à refuser d'exécuter tous les ordres illégaux qu'ils peuvent recevoir, d'où qu'ils viennent", a-t-il poursuivi, les exhortant à maintenir "l'indépendance des services publics, de la police et du système judiciaire".

"Nous devons tous agir avec patriotisme et indépendance pour sauvegarder l'avenir de la démocratie dans notre pays", a-t-il dit.

Depuis le limogeage de Ranil Wickremesinghe, cette île de l'océan Indien peuplée de 21 millions d'habitants se retrouve de fait avec deux Premiers ministres rivaux, le chef du gouvernement sortant dénonçant son renvoi comme inconstitutionnel.

Le président, qui avait suspendu le Parlement jusqu'au 14 novembre, a dissous vendredi cette assemblée composé de 225 députés, et convoqué des élections anticipées pour le 5 janvier. Son parti avait annoncé qu'il ne disposait pas d'une majorité suffisante pour confirmer son candidat contesté au poste de Premier ministre.

Ancien président de l'île et bête noire des défenseurs des droits de l'Homme, M. Rajapakse avait mis fin en 2009 à quatre décennies de guerre civile avec la rébellion tamoule.

Dans sa première adresse à la Nation depuis cette dissolution, qui a suscité l'inquiétude de la communauté internationale, Maithripala Sirisena a affirmé avoir "agi pour éviter des troubles civils".

Il a évoqué des informations de presse selon lesquelles des affrontements auraient pu avoir lieu lors d'un vote destiné à trancher entre les deux Premiers ministres.

"Si j'avais autorisé le Parlement à se réunir le 14 novembre, il y aurait eu des violences dans la Chambre, qui se seraient ensuite propagées à nos villages et à nos villes", a-t-il dit.

Le Parti national uni (UNP) de M. Wickremesinghe et d'autres groupes parlementaires, représentant une majorité de 124 députés, doivent déposer lundi un recours devant la Cour suprême du pays contre les actes du président.

(©AFP / 11 novembre 2018 18h47)