Statut de Jérusalem: Trump isolé sur la scène internationale

Donald Trump a annoncé qu'il reconnaissait Jérusalem capitale d'Israël, depuis la Maison Blanche le 6 décembre 2017 / © AFP / MANDEL NGAN
Dans une rupture spectaculaire avec ses prédécesseurs, Donald Trump a reconnu mercredi Jérusalem comme capitale d'Israël, suscitant la colère des Palestiniens et une vague de réprobation bien au-delà du Proche-Orient.

Avec cette décision qui marquera son mandat, le 45e président des Etats-Unis met fin à des décennies d'ambiguïté américaine et tient l'une de ses promesses emblématiques de campagne.

Mais il s'isole sur la scène internationale et prend le risque de saper les timides espoirs de reprise des négociations et de provoquer une poussée de fièvre dans la région.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a dénoncé des choix "déplorables", jugeant que Washington ne pouvait plus jouer son rôle historique de médiateur de paix avec les Israéliens. Le mouvement islamiste palestinien Hamas a de son côté jugé que cette annonce ouvrait "les portes de l'enfer" pour les intérêts américains dans la région.

Les dirigeants palestiniens revendiquent Jérusalem-Est, occupée puis annexée par Israël en 1967, comme la capitale de l'Etat auquel ils aspirent. Israël proclame tout Jérusalem, Ouest et Est, comme sa capitale "éternelle et indivisible".

La Jordanie, la Turquie, mais aussi la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Union européenne ont ouvertement regretté la décision de Donald Trump.

"Il est temps d'officiellement reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël", a lancé le président américain lors d'une brève allocution au cours de laquelle il a revendiqué "une nouvelle approche" sur ce dossier épineux.

- Réunion à l'ONU -

"Les Etats-Unis restent déterminés à aider à faciliter un accord de paix acceptable pour les deux parties", a-t-il martelé, s'efforçant d'adopter une tonalité conciliante après cette décision extrêmement controversée.

"J'ai l'intention de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour aider à sceller un tel accord", a encore dit, debout devant un portrait de George Washington, l'ancien homme d'affaires de New York qui vante régulièrement ses qualités de négociateur.

Mais la tâche de son gendre et conseiller Jared Kushner, qu'il a chargé de trouver une issue au conflit, s'annonce plus délicate que jamais.

M. Trump a par ailleurs ordonné de préparer le transfert de l'ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, sans fixer de calendrier pour ce déménagement qui devrait prendre des années.

Le département d'Etat va lancer "immédiatement" les préparatifs tout en renforçant la sécurité pour protéger les Américains au Proche-Orient, a annoncé peu après le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à la tête du gouvernement considéré comme le plus à droite de l'histoire d'Israël, a salué un jour "historique" réaffirmant par ailleurs l'engagement israélien à maintenir le "statu quo" sur les lieux saints à Jérusalem.

A la demande de huit pays, dont l'Egypte, la France et le Royaume-Uni, une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU a été fixée à vendredi matin. Le statut de Jérusalem ne peut être résolu que par une "négociation directe" entre Israéliens et Palestiniens, a martelé le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.

La Jordanie, pays gardien des lieux saints musulmans à Jérusalem, a dénoncé "une violation du droit international" et de la charte des Nations unies. La Turquie a stigmatisé une décision "irresponsable". L'Iran, bête noire de M. Trump, a jugé que la décision américaine provoquerait une "nouvelle Intifada".

- 'Inquiétude' du pape -

Le président français Emmanuel Macron a qualifié cette décision de "regrettable" et appelé à éviter à tout prix les violences. "Nous ne sommes pas d'accord avec la décision américaine", a déclaré la Première ministre britannique Theresa May, tandis que l'UE faisait part de sa "sérieuse préoccupation".

Avant même son discours, des dirigeants du monde entier avaient appelé Donald Trump à peser ses mots et mesurer les conséquences de ses actes, tant Jérusalem est un chaudron diplomatique.

"Je ne peux taire ma profonde inquiétude", a déclaré le pape François qui ne peut qu'accorder un intérêt tout particulier à la ville qui abrite les lieux les plus saints des trois grandes religions monothéistes, y compris le Saint-Sépulcre.

Dans la bande de Gaza, des centaines de Palestiniens en colère ont brûlé des drapeaux américains et israéliens et des portraits de Donald Trump. Un rassemblement est prévu jeudi à Ramallah en Cisjordanie, territoire occupé par l'armée israélienne depuis 50 ans.

Reconnaissant que son annonce était loin de faire l'unanimité, M. Trump a lancé un appel "au calme et à la modération", espérant que "les voix de la tolérance l'emportent sur les pourvoyeurs de haine".

Pour Richard Haass, président du Council on Foreign Relations, le risque de reconnaître Jérusalem comme capitale n'est en réalité pas de faire dérailler un processus de paix de toute façon moribond. "Le risque est que cela exacerbe les tensions et mène à la violence à un moment où il y a plus qu'assez de tension et de violence dans le monde."



(©AFP / 07 décembre 2017 01h02)
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