Suivre sa maladie avec son smartphone: l'essor des logiciels "thérapeutiques"

Paris - Les applications "santé" ou "bien-être" abondent mais rares sont celles proposant de suivre l'évolution d'une maladie précise et d'améliorer sa prise en charge. C'est le credo des logiciels dits "thérapeutiques", un segment en plein essor et choyé par l'industrie pharmaceutique.

Pascal, 58 ans, a été diagnostiqué en 2012 d'une sclérose en plaques dite "primaire progressive", la forme la plus agressive de cette maladie neurodégénérative. Depuis quelques mois, il utilise une application spécialisée, MSCopilot, pour suivre l'évolution symptomatique de sa maladie.

L'application, récemment validée par un essai clinique, propose une série de tests aux patients utilisant des fonctionnalités de leurs smartphones.

La motricité est par exemple mesurée par le GPS et le podomètre/accéléromètre, la dextérité par des exercices du doigt sur l'écran tactile et la cognition par des échanges avec la reconnaissance vocale de l'appareil.

"La sclérose en plaques est une maladie fluctuante, où la part des symptômes invisibles est très importante. L'application permet d'objectiver et de quantifier ces symptômes", estime Pascal, interrogé par l'AFP.

Les données collectées par l'application sont transmises en temps réel à son neurologue, en vue de sa prochaine consultation.

"Vous n'avez qu'une chance dans l'année pour voir votre neurologue, pendant 15 minutes (...). Donc il ne faut pas vous +planter+ et bien préparer ce rendez-vous", explique encore ce patient.

- Eviter un "effet tunnel" -

"Avec la désertification médicale, la surcharge des services hospitaliers, quand un patient est traité pour une maladie chronique (...) il y a un effet tunnel: il va disparaître du champ de vision de son médecin pendant 6 mois, 1 an", alors que sa maladie peut évoluer pendant cette période, rappelle à l'AFP Saad Zinaï, directeur médical d'Ad Scientiam, la start-up française derrière MSCopilot.

Par conséquent, "il y a un vrai besoin d'avoir des outils permettant de dématérialiser le suivi", ajoute-t-il.

Le marché mondial des logiciels thérapeutiques est encore modeste - il était estimé à 2 milliards de dollars en 2017 - mais il pourrait plus que quadrupler d'ici 2025, selon le cabinet d'études Evaluate Pharma.

Les sociétés du secteur ont d'abord investi le vaste segment du diabète, comme le français Voluntis, les américains Glooko, Omada, WellDoc et Livongo Health.

Le secteur s'étend désormais à d'autres maladies chroniques, comme l'hyperactivité et les troubles de l'attention chez l'enfant (Akili), les maladies respiratoires (Propeller Health), la schizophrénie ou la dépendance aux opiacés (Pear Therapeutics), tandis que Voluntis expérimente aussi l'accompagnement numérique de patients atteints de cancers.

L'industrie pharmaceutique s'est vite associée à ces nouveaux acteurs, par le biais de partenariats voire de prises de participation.

- données "vitales" -

Les laboratoires espèrent doper l'efficacité de leurs médicaments avec ces logiciels, dont les données qu'ils génèrent sont "vitales" pour eux, explique M. Zinaï.

De plus en plus, notamment aux Etats-Unis, les autorités de santé et les organismes payeurs réclament des preuves d'efficacité des médicaments en vie réelle, en complément des études cliniques classiques.

L'utilisation de ces données inquiète toutefois les associations de patients, confie le directeur médical d'Ad Scientiam.

Mais "les laboratoires pharmaceutiques n'ont absolument aucun intérêt à manipuler des données nominatives de patients, ce serait même criminel pour eux". Ainsi Ad Scientiam fournit uniquement des "statistiques sur des populations anonymisées" à son partenaire en France, le groupe suisse Roche.

L'appétit des géants du numérique pour le marché de la santé va-t-il changer la donne? Sanofi et Verily, la filiale santé d'Alphabet (Google), ont par exemple fondé une coentreprise, Onduo, qui teste actuellement ses services de suivi connecté du diabète aux Etats-Unis.

"Travailler en face à face avec des patients et des médecins, trouver le bon angle médical... Je pense qu'on ne fait pas tout à fait la même chose" que Google, Apple, Facebook et consorts, dont l'intérêt se porte plutôt sur des données de millions d'individus à la fois, veut croire M. Zinaï.

"Ce n'est pas uniquement l'expertise technologique qui fait la différence dans ce domaine", et "peu d'acteurs maîtrisent encore la totalité des compétences", renchérit auprès de l'AFP Pierre Leurent, directeur général de Voluntis. D'ailleurs, Voluntis fournit aussi des services à... Onduo.

etb/fka/mja

SANOFI

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(©AFP / 07 décembre 2018 05h31)
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