Syrie: l'UE compte ses divisions face à la Russie

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et son homologue britannique Boris Johnson loprs d'une réunion à Luxembourg, le 16 avril 2018 / © AFP / Emmanuel DUNAND
Les frappes effectuées en Syrie par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni sont loin de faire l'unanimité au sein de l'UE et la relance du dialogue avec la Russie est la priorité pour les ministres européens des Affaires étrangères réunis lundi à Luxembourg.

"Sans la Russie, il est impossible de résoudre ce conflit", a insisté le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas à son arrivée à Luxembourg. Et le mot d'ordre est éviter une "escalade" militaire dans la région, a insisté M. Maas.

"Nous devons reprendre le chemin d'un dialogue politique sur la Syrie avec la Russie et l'Iran (les deux soutiens du régime syrien)", a renchéri son homologue belge Didier Reynders.

A La Haye, les ambassadeurs de Russie, du Royaume-Uni et de France se sont rendus lundi matin au siège de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) pour une réunion d'urgence consacrée à la Syrie, après l'attaque chimique présumée du 7 avril contre le fief rebelle de Douma, qui a entraîné les frappes occidentales ciblées de samedi.

En fait, à Luxembourg, les ministres européens devraient se borner à manifester leur compréhension pour les frappes, a-t-on indiqué de sources diplomatiques.

"Il s'agit d'une opération unique et elle doit le demeurer", a plaidé le chef de la diplomatie du Luxembourg Jean Asselborn.

"Une solution pacifique nécessite parfois une action robuste", a pour sa part justifié son homologue lituanien Linas Antanas Linkevicius.

"Le but de ces frappes a été de montrer qu'il y une ligne rouge qu'il ne faut pas dépasser", a expliqué Didier Reynders.

Processus politique

Tous les Etats membres en conviennent: l'utilisation d'armes chimiques -- dont est accusé le régime syrien -- le 7 avril à Douma, près de Damas, est inacceptable et ne devait pas rester impunie.

La déclaration publiée samedi au nom des 28 par la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini insiste sur la nécessité de faire "rendre des comptes" aux responsables de crimes de guerre. Mais elle n'a pas justifié les frappes.

"Ce n'est pas une surprise", a-t-on expliqué de source européenne.

Les 28 sont divisés. A un bout de l'échiquier: la France et le Royaume-Uni. A l'autre: les neutres. Entre les deux: les membres de l'Otan, dont beaucoup sont partagés sur les frappes. Comme le prouve la réaction de l'Italie, assurant que cette "action circonscrite (...) ne sera pas le début d'une escalade".

"La déclaration des 28 est le maximum qui pouvait être dit", a-t-on insisté.

Nombre de gouvernements européens sont contrariés car ils craignent la réaction de Vladimir Poutine, soutien du président syrien Bachar al-Assad.

La veille des frappes, le président russe avait mis en garde contre tout acte "irréfléchi et dangereux en Syrie" qui pourrait avoir des "conséquences imprévisibles", lors d'un entretien avec le chef de l'Etat français Emmanuel Macron.

"Il faut que l'Union européenne reste unie. Il faut éviter que chaque pays puisse mener une politique autonome vis-à-vis de Moscou. C'est important pour que l'UE existe", plaide un responsable européen sous couvert de l'anonymat.

Moscou tire avantage des divisions au sein de l'Union européenne. Les réactions après l'empoisonnement au Royaume-Uni de l'ancien agent double russe Sergueï Skripal -- attribué par Londres à la Russie -- l'ont démontré.

"Tout le monde a fait le même constat. Tout le monde a eu la même lecture des faits, mais tout le monde n'a pas répondu de la même façon", souligne une source diplomatique européenne.

Au total, 19 pays membres de l'UE ont expulsé des diplomates russes de leur territoire, cinq ont simplement rappelé leur ambassadeur pour consultations et trois n'ont pas bougé (Autriche, Chypre, Grèce). Et il aura fallu beaucoup de persuasion pour convaincre les 28 d'incriminer Moscou.

"Il faut espérer maintenant que la Russie comprenne qu'après la riposte militaire (...), nous devons joindre nos efforts pour promouvoir un processus politique en Syrie qui permette une sortie de crise. La France est disponible pour y parvenir", a affirmé dimanche le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian.



(©AFP / 16 avril 2018 11h32)
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