Syrie: le Comité constitutionnel pourrait se réunir début 2019 à Genève

Genève - L'ONU, la Russie, l'Iran et la Turquie ont annoncé mardi qu'ils allaient multiplier les efforts pour organiser début 2019 à Genève la première réunion du comité chargé de doter la Syrie d'une nouvelle Constitution.

Les participants "sont convenus de faire des efforts pour convoquer la première session du Comité constitutionnel à Genève au début de l'année prochaine", selon un communiqué commun lu par le ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov.

L'idée de ce Comité avait germé en janvier lors d'un sommet des trois pays garants du processus de paix d'Astana, à Sotchi, sur les bords de la mer Noire. Mais le Comité n'a toujours pas été mis sur pied, en raison d'un désaccord avec le régime de Damas sur sa composition.

Dans un ultime effort pour achever ce projet avant de quitter ses fonctions à la fin de l'année, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, avait convoqué mardi à Genève une réunion avec Serguei Lavrov et les ministres turc et iranien des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu et Mohammad Javad Zarif.

La Russie et l'Iran sont des alliés du régime de Damas, alors que la Turquie soutient une partie des rebelles en lutte contre le président syrien Bachar al-Assad.

La communauté internationale souhaite que le Comité constitutionnel soit formé avant fin décembre, une échéance rappelée mardi par les Etats-Unis, très méfiants à l'égard du processus d'Astana.

"La mise en place et la réunion d'ici la fin de l'année à Genève d'un Comité constitutionnel crédible et équilibré serait un pas important en vue d'une désescalade durable et d'une solution politique à ce conflit", a dit à Washington un porte-parole du département américain, Robert Palladino.

L'opposition syrienne réclame une Constitution totalement renouvelée, tandis que le gouvernement de Damas n'est prêt qu'à un toilettage.

Selon le plan des Nations unies, le Comité constitutionnel doit comprendre 150 membres issus de trois groupes: 50 choisis par le pouvoir, 50 par l'opposition et 50 par l'émissaire de l'ONU afin d'intégrer des experts et des représentants de la société civile.

Mais en octobre, le régime syrien a rejeté la liste de 50 représentants présentée par M. de Mistura.

Dans leur communiqué conjoint, les trois ministres ont souligné que "le travail du Comité constitutionnel devait être régi par le compromis et un engagement constructif (...) afin de recevoir le soutien le plus large possible du peuple syrien".

M. de Mistura s'est félicité de "la contribution conjointe importante" des ministres.

- Défense de son bilan -

L'émissaire, qui pilotait la mission de médiation depuis quatre ans et demi, a annoncé que son successeur, le Norvégien Geir Pedersen, prendrait ses fonctions le 7 janvier.

Dans un éditorial, le journal progouvernemental syrien Al-Watan a affirmé qu'"à Damas, personne ne pleurerait le départ de Staffan de Mistura". L'émissaire "part avec le regret de ne pas avoir pu détruire l'Etat syrien et de ne pas avoir imposé le programme de l'Occident", "notamment une nouvelle Constitution", ajoute le journal.

Critiqué pour son incapacité à trouver une solution après plus de sept ans de conflit, M. de Mistura a semblé mardi vouloir défendre son bilan devant la presse.

Il a expliqué avoir été contacté récemment par une "personne" qu'il n'a pas identifiée, qui l'a remercié d'avoir, grâce à ses efforts diplomatiques, sauvé des centaines de milliers de vie en Syrie.

"Vous avez organisé avec votre équipe de nouvelles réunions, des meetings préparatoires, des pourparlers, des cessez-le-feu qui n'ont pas marché, puis qui ont marché et ont de nouveau échoué (...). Nous avons calculé qu'au lieu d'avoir 540.000 personnes (mortes) il y en aurait eu 1,3 million", a dit l'envoyé spécial en citant cette conversation devant des journalistes quelque peu médusés.

Le bilan des victimes cité par M. de Mistura inclut les combattants rebelles et les soldats de l'armée régulière.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé à Londres, estime lui à 360.000 le nombre de personnes -- en majorité des civils -- qui ont perdu la vie dans ce conflit.

(©AFP / 18 décembre 2018 21h30)