Télécoms : Berlin sceptique sur un boycott de Huawei

Francfort - L'organisme gouvernemental allemand chargé de la cybercriminalité a exprimé son scepticisme à l'idée d'un boycott du géant chinois des télécommunications Huawei, exclu de plusieurs pays en raison de soupçons d'espionnage.

"Pour des décisions aussi sérieuses qu'un boycott, vous avez besoin de preuves", a déclaré au Spiegel le président de cet organisme, BSI, Arne Schönbohm, à l'hebdomadaire Der Spiegel à paraître samedi, estimant que ces preuves font défaut.

Les États-Unis, l'Australie et le Japon, ont annoncé vouloir boycotter le groupe chinois pour des raisons de sécurité.

Selon le Spiegel, le gouvernement américain et ses agences de renseignement mettent la pression sur leurs partenaires, l'Allemagne notamment, pour qu'ils en fassent de même.

La Chine, elle, ne décolère pas depuis l'arrestation à Vancouver début décembre de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, à la demande des États-Unis.

La position du BSI, rattaché au ministère de l'Intérieur allemand, tranche avec les inquiétudes d'autres Etats qui sont de nature à remettre en question les ambitions internationales du groupe chinois.

En Allemagne, l'équipementier a ouvert en novembre à Bonn un laboratoire dédié à la sécurité, où les clients allemands peuvent démonter totalement les produits et avoir accès à leur code source.

Huawei, à la fois fabricant des téléphones mobiles et équipementier de réseaux télécoms, voit l'Europe comme un Continent stratégique, à l'heure où sont négociés, en Allemagne notamment, les réseaux de fréquence 5G, la future colonne vertébrale de la transition numérique des économies.

La position publique du BSI suscite néanmoins quelques interrogations en Allemagne. "Cela me semble erroné de suggérer que les préoccupations relatives à l'espionnage chinois sont sans fondement", explique à l'AFP Ronja Kniep, experte en sécurité dans le domaine des télécoms.

"Même si Huawei n'a aucune relation formelle avec le gouvernement chinois, cela ne signifie pas que les services chinois n'utilisent pas la société et ses technologies comme véhicules d'espionnage", ajoute-t-elle.

(©AFP / 14 décembre 2018 17h01)