Toshiba: Bain capital de retour, nouvel épisode dans la saga des mémoires

Toshiba, géant industriel japonais plombé par les déboires de la société nucléaire américaine Westinghouse, annonce sa présférence pour le consortium mené par le fonds américain Bain Capital comme acquéreur prioritaire de sa filiale Toshiba Memory / © AFP/Archives / Behrouz MEHRI
Toshiba a surpris mercredi avec un nouveau rebondissement dans l'interminable feuilleton dramatique de la vente de son activité de puces-mémoires, alors même que le temps est compté.

Le conglomérat japonais aux abois, croulant sous les dettes, a annoncé avoir de nouveau choisi le consortium mené par le fonds américain Bain Capital comme acquéreur prioritaire de sa filiale Toshiba Memory.

"Nous avons signé une lettre d'intention dans le but d'aboutir à un accord définitif d'ici à la fin du mois, en accélérant les négociations", a expliqué le groupe dans un bref communiqué, à l'issue d'un conseil d'administration, peu avant la fermeture de la Bourse de Tokyo.

"Nous espérons parapher le plus tôt possible un accord définitif qui remplisse nos objectifs", a déclaré un vice-président de Toshiba, Yasuo Naruke.

Habitués à des péripéties à répétition, les investisseurs sont restés bouche bée et le titre a stagné à 331 yens sur la place tokyoïte.

Toshiba, géant industriel japonais plombé par les déboires de la société nucléaire américaine Westinghouse rachetée en 2006 et finalement mise en faillite cette année, avait déjà exprimé fin juin sa préférence pour Bain Capital (associé à un fonds semi-public nippon, l'INCJ, et au fabricant sud-coréen de semi-conducteurs SK Hynix).

Mais, il y a deux semaines, il avait changé d'avis et dit continuer de discuter avec trois consortiums, les deux autres étant menés par l'américain Western Digital d'une part et le taïwanais Hon Hai/Foxconn d'autre part.

Finalement, Toshiba revient à Bain Capital car ce dernier a fait une nouvelle proposition, non publiquement détaillée mais jugée plus intéressante.

- 'Plus de morale' -

Toshiba précise cependant que la lettre d'intention ne stipule pas que les négociations avec Bain Capital soient exclusives, ce qui signifie qu'il ne s'interdit pas de continuer à parler avec les concurrents.

Le choix de Bain Capital a en tout cas immédiatement entraîné une réaction outrée de Western Digital, dont la filiale SanDisk investit depuis 17 ans au côté de Toshiba dans cette activité de mémoires et ne veut pas se retrouver du jour au lendemain avec un nouveau partenaire uniquement choisi par Toshiba.

"Nous sommes déçus que Toshiba prenne cette initiative malgré nos efforts continus pour parvenir à une solution dans l'intérêt de toutes les parties prenantes", s'agace le groupe américain qui a misé gros l'an passé en rachetant SanDisk, justement parce qu'il était associé à Toshiba dans les mémoires flash Nand. Celles-ci sont désormais le support de stockage non seulement des appareils numériques mobiles mais aussi des disques durs d'ordinateurs et serveurs.

"Tout au long de notre dialogue avec Toshiba, nous avons été flexibles, constructifs et nous avons soumis de nombreuses propositions pour répondre spécifiquement aux préoccupations exprimées par Toshiba", regrette le groupe qui rappelle que les recours en justice pour tenter de bloquer la vente à un tiers restent en vigueur.

Western Digital a déposé des plaintes, dont une devant la Cour d'arbitrage de la Chambre de commerce internationale. Il entendait les lever si Toshiba le choisissait comme repreneur de Toshiba Memory, mais se montre déterminé à camper sur ses positions dures si Bain Capital emportait définitivement la mise.

La nouvelle proposition de ce dernier comprendrait toujours SK Hynix (honni par Western Digital) et le fonds japonais INCJ, mais aussi, selon des rumeurs de presse, le mastodonte américain Apple, client des mémoires de Toshiba.

Le dossier de la vente de Toshiba Memory, la pépite lucrative du groupe, traîne ainsi depuis des mois.

Les actionnaires espéraient une conclusion dès juin, car la vente de Toshiba Memory est cruciale pour permettre à Toshiba d'assainir ses comptes, sans quoi son action, qui bénéficie d'une période de grâce jusqu'à fin mars 2018, sera automatiquement radiée de la Bourse de Tokyo après cette échéance.

Avant d'être mis à terre par Westinghouse, des falsifications comptables ont plombé Toshiba dont la nouvelle direction s'avère très brouillonne constate pour l'AFP l'essayiste Yasuyuki Onishi qui, à travers cette crise, déplore "la disparition de la morale des grandes entreprises", un fait selon lui "responsable d'une baisse de la vitalité de l'économie japonaise".



(©AFP / 13 septembre 2017 11h17)
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