Toshiba: la déliquescence symptomatique d'un géant japonais

Tokyo - Toshiba est condamné au démembrement pour sauver ce qui peut l'être d'un groupe plus que centenaire à l'agonie et assailli par des rapaces qui se disputent ses technologies, cas symptomatique des lacunes des géants japonais, déplorent les experts.

Ces dernières années l'ont prouvé: la disparition de grands noms nippons est possible. Sanyo n'est plus, NEC survit mais sans ses activités autrefois les plus visibles (PC, téléphones mobiles), Sharp a été sauvé in extremis par le géant taïwanais Hon Hai, Panasonic ou Hitachi abandonnent peu à peu l'offre grand public pour fournir les professionnels du bâtiment, de l'automobile ou de l'aéronautique.

Toshiba est quant à lui dans une situation dramatique, forcé de vendre ses bijoux de famille, en l'occurrence sa filiale de puces-mémoires, pour éviter le pire. Et les candidats se battent bec et ongles pour "ce chapeau magique" d'où sortent près de 4 milliards d'euros de bénéfice d'exploitation par an, selon Masahiko Ishino, de Tokai Tokyo Research Center.

"C'est comme une bataille d'héritage, chacun essaie d'avoir la plus grosse part", ironise-t-il.

Sauf que, comme le souligne l'essayiste Yasuyuki Onishi, auteur d'un récent ouvrage intitulé "Le démembrement de Toshiba", se profile "le jour où les fabricants japonais d'électronique ne seront plus".

Petit à petit, tous font du tri dans leurs activités, s'en séparent, mais sans les remplacer par d'autres plus porteuses.

L'État, via un fonds semi-public de "revitalisation" des entreprises (INCJ), joue les sauveteurs de dernière minute. Il a évité la déconfiture du fabricant de circuits intégrés Renesas en devenant son premier actionnaire, a créé Japan Display et Joled (respectivement spécialistes des petits écrans LCD et Oled) quand Sony, Toshiba, Hitachi ou Panasonic ont décidé de stopper les développements dans ces domaines.

Aujourd'hui, le même INCJ est prêt à investir des milliards au côté du fonds Bain Capital dans la filiale de puces-mémoires de Toshiba, mastodonte que le gouvernement japonais ne peut pas laisser mourir.

Venez chez nous

"Le rachat par Toshiba du groupe américain du secteur nucléaire Westinghouse en 2006 a été un échec total", souligne M. Onishi auprès de l'AFP.

Les conditions étaient mauvaises (renforcement des normes après les attentats de septembre 2001, révolution du gaz de schiste), "mais Toshiba a suivi la politique pronucléaire du gouvernement japonais", rendue ensuite quasi caduque par la catastrophe de Fukushima en 2011. Conséquence, cette stratégie erronée est aujourd'hui "la plus grande cause de la crise que traverse le groupe".

Et si Toshiba est acculé à se défaire de ses pépites lucratives (mémoires, systèmes médicaux), c'est "parce que l'État n'accepterait pas un abandon de l'énergie nucléaire". Car Toshiba est essentiel pour en finir avec le sinistre de la centrale accidentée de Fukushima. De fait, résume M. Onishi, Toshiba "risque de ne plus être qu'une société de démantèlement des centrales nucléaires japonaises".

En renflouant ses caisses avec l'argent issu de la cession des filiales bien portantes, "Toshiba va temporairement éviter la faillite, mais maigrira et finira par disparaître", tranche cet expert du secteur qui considère que le cas Toshiba n'est pas unique.

"Dans de nombreuses entreprises japonaises, la gouvernance des administrateurs internes et externes ne fonctionne pas", parce qu'elles sont, dit-il, à la botte de leurs banques principales et des structures étatiques.

Et pourtant, Toshiba, dont les origines remontent à 1875, a longtemps représenté la réussite de l'industrie nippone née à l'ère Meiji.

Jusqu'à récemment, Toshiba, qui compte 190.000 salariés, était, au côté de son compatriote Hitachi, le seul groupe à réussir le tour de force de fabriquer une gamme incommensurable de produits, allant des puces électroniques aux réacteurs nucléaires, en passant par les PC, téléviseurs, escaliers mécaniques, ascenseurs, produits électroménagers, appareils audiovisuels, et encore une multitude de composants, objets et services pour professionnels et particuliers.

Mais en l'espace de deux ans marqués par un retentissant scandale de comptes falsifiés entre 2008 et 2014 et la faillite de Westinghouse cette année, des pans entiers ont disparu.

Certains se ruent sur les trésors techniques du groupe, voire essaient de débaucher sa main-d'oeuvre de haut niveau comme le constructeur d'automobiles Toyota qui a récemment placardé des affiches publicitaires près de sites Toshiba où l'on pouvait lire "Comment? Vous travaillez pour cette entreprises d'électronique? Si c'est le cas, venez chez nous!"

mis-kap/er

TOSHIBA

RENESAS ELECTRONICS

HON HAI PRECISION INDUSTRY (FOXCONN)

PANASONIC CORP.

HITACHI

JAPAN DISPLAY

TOYOTA MOTOR

SHARP

SONY

NEC

MEIJI HOLDINGS


(©AFP / 13 septembre 2017 09h49)
News les plus lues