Travailleurs détachés: Juncker veut une "autorité commune" de l'UE

Strasbourg - Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a proposé mercredi la création d'une "autorité commune" contrôlant la mise en oeuvre "partout" dans l'UE des dispositions encadrant le recours aux travailleurs détachés, aujourd'hui accusées de favoriser le dumping social.

"Dans une Union entre égaux, il ne peut y avoir (...) de travailleurs de deuxième classe. Ceux qui effectuent le même travail au même endroit doivent pouvoir obtenir le même salaire", a lancé M. Juncker dans son discours-programme annuel sur l'état de l'UE devant le Parlement européen à Strasbourg.

"La Commission a fait dans ce sens des propositions sur le détachement des travailleurs. Nous devons veiller à ce que les dispositions de l'Union concernant la mobilité des travailleurs soient justes, efficaces et imposées partout, avec le soutien d'une nouvelle autorité européenne de contrôle et d'exécution de ces mesures", a-t-il plaidé.

"Il est absurde qu'il y ait une autorité bancaire qui veille à ce que les normes bancaires soient respectées (dans l'UE), mais qu'il n'y ait pas d'autorité commune du marché de l'emploi assurant la justice sur le marché intérieur. Nous la créerons", a martelé M. Juncker.

Dans son discours, le président de l'exécutif européen n'a jamais nommé la Pologne, notoirement opposée à une réforme de ce statut fréquent dans le secteur du transport routier et la construction, en raison du grand nombre de Polonais concernés.

Le président français Emmanuel Macron a érigé en priorité ce chantier, et plaide pour un durcissement de la directive actuelle, responsable selon lui d'un "dumping fiscal et social" qui pourrait à terme entraîner un "démantèlement de l'Union européenne".

Soutenu par l'Allemagne, l'Autriche et les pays du Benelux, M. Macron espère convaincre suffisamment de pays, notamment à l'Est, pour obtenir la majorité sur une réforme de la directive lors d'une réunion des ministres européens du Travail le 23 octobre à Luxembourg.

Cette réforme qui a d'abord été proposée par la Commission européenne et que M. Macron veut durcir davantage encore est parallèlement en discussion au Parlement européen qui doit également donner son aval sur la question.

Datant de 1996, la directive permet à une entreprise de l'UE d'envoyer temporairement dans d'autres pays de l'Union ses salariés mais en continuant à payer les cotisations sociales dans le pays d'origine.

Dans son discours, M. Juncker a également plaidé pour que les Etats membres de l'UE se mettent "d'accord sur un socle européen des droits sociaux aussi rapidement que possible et au plus tard lors du sommet de Göteborg (en Suède) en novembre".

Le 17 novembre, ce sommet, annoncé par M. Juncker en janvier dernier, doit réunir les chefs d'État ou de gouvernement de l'Union européenne, les partenaires sociaux et d'autres acteurs de premier plan pour un débat ouvert sur les façons de promouvoir une croissance et des emplois équitables. Fin juillet, le président français Emmanuel Macron a promis de s'y rendre.

"Les systèmes sociaux nationaux resteront encore pour longtemps divers et distincts. Mais nous devrions au minimum travailler à une Union européenne des normes sociales, pour déterminer ensemble ce qui est juste et injuste dans notre marché intérieur", a martelé M. Juncker à Strasbourg.


(©AFP / 13 septembre 2017 12h39)
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