Turquie : net ralentissement de la croissance au 2e trimestre 2014

Istanbul - La croissance de l'économie turque a subi au deuxième trimestre 2014 un fort ralentissement, descendant à 2,1% en glissement annuel, un taux nettement inférieur aux attentes qui remet en cause les prévisions annuelles de 4% du gouvernement islamo-conservateur.

Selon les chiffres publiés mercredi par l'Institut turc de la statistique (Tuik), la chute de ce taux, qui était de 4,7% au premier trimestre, est principalement due à un recul de la demande intérieure turque.

Les marchés tablaient sur un taux de croissance de 2,65 à 2,80% pour le trimestre écoulé.

La publication de ces chiffres a été immédiatement sanctionnée par un recul du principal indice de la Bourse d'Istanbul, qui a terminé la séance en baisse de 0,66% à 79.550 points, et par une fragilité de la livre turque (LT).

Après avoir franchi les 2,20 LT pour un dollar, son plus bas niveau en six mois, dans la journée, la livre s'échangeait à 2,1964 LT pour un dollar en fin de journée et à un peu moins de 2,84 LT pour un euro.

Le ministre turc des Finances Mehmet Simsek a reconnu que ces chiffres menaçaient l'objectif fixé pour l'année en cours.

La croissance a perdu son élan au deuxième trimestre sous l'impact du resserrement de la politique monétaire, des effets retardés des mesures macroéconomiques prudentielles et des tensions géopolitiques, a dit M. Simsek, ce qui augmente le risque de voir (la hausse de) notre PNB rester sous les 4% prévus.

La plupart des analystes prévoient que la croissance turque devrait encore ralentir d'ici à la fin de l'année et ont tous révisé à la baisse leurs prévisions pour 2014. Le Fonds monétaire international (FMI) table ainsi sur 2,3%.

- Tensions -

Le ralentissement de la croissance devrait accroître la pression politique qui s'exerce sur la banque centrale en faveur d'une baisse de ses taux directeurs, selon les analystes.

Les chiffres plus bas que prévu publiés aujourd'hui renforcent le point de vue de ceux qui estiment que la hausse des taux d'intérêt décidée plus tôt cette année pèse sur la demande intérieure, a noté William Jackson, de Capital Economics.

Fin janvier, la banque centrale avait ordonné une augmentation draconienne de ses taux, contre l'avis du gouvernement, pour enrayer la dégringolade de la livre turque et l'aggravation des déficits publics, alimentées par la crise politique persistante en Turquie.

Inquiète du niveau de l'inflation (9,32% sur un an en juillet), l'institution a depuis procédé à deux légères baisses de ses taux, qui n'ont pas satisfait l'homme fort du pays, Recep Tayyip Erdogan, partisan d'une forte réduction de ces taux pour protéger la croissance.

Nous pensons qu'avec une livre plus faible, un inflation obstinément forte et une amélioration du déficit des comptes courants qui a presque atteint son maximum, la possibilité de procéder à une nouvelle baisse des taux a quasiment disparu, a toutefois souligné Gyorgy Kovacs, de l'UBS (Suisse).

A la tête du gouvernement depuis 2003, M. Erdogan a été élu en août président en promettant de poursuivre l'essor économique entamé à l'arrivée au pouvoir de son Parti de la justice et du développement (AKP) en 2002, au sortir d'une grave crise financière.

(©AFP / 10 septembre 2014 17h36)