USA: coup de pouce pour une industrie nucléaire en perte de vitesse

Washington - L'industrie nucléaire américaine vient de recevoir un coup de pouce avec la décision de poursuivre la construction de deux réacteurs en Georgie (sud-est) mais elle reste néanmoins en perte de vitesse.

La Commission des services publics de Georgie a donné jeudi son accord pour poursuivre la construction des réacteurs Vogtle 3 et 4, le dernier chantier de ce type en cours aux Etats-Unis. Un autre, dans l'Etat voisin de Caroline du sud, avait été arrêté l'été dernier.

Les deux nouveaux réacteurs de la centrale de Vogtle doivent en principe entrer en service d'ici la fin 2022.

"Montrer que nous sommes capables de construire et d'achever des nouvelles centrales nucléaires ici en Amérique va nous aider à garder notre leadership dans une technologie que nous avons inventée", a souligné Maria Korsnick, présidente du Nuclear Energy Institute à Washington.

"La prééminence de l'Amérique dans le secteur de l'énergie nucléaire rend notre pays plus sûr car cela nous permet d'influencer et de contrôler comment cette technologie est utilisée dans le monde", a-t-elle ajouté.

Il y a actuellement 99 réacteurs nucléaires aux Etats-Unis qui génèrent environ 20% de l'électricité produite dans le pays. Mais en dehors du projet Vogtle, aucun autre n'est en construction et la dernière mise en service d'un réacteur neuf remonte à 2016.

L'administration Trump se montre beaucoup plus préoccupée de relancer le charbon que le nucléaire même si le secrétaire à l'Energie, Rick Perry, a estimé que la décision concernant Vogtle "est une étape importante pour l'avenir d'une industrie nucléaire américaine propre et fiable".

L'industrie nucléaire américaine vient aussi de recevoir un mauvais coup avec la suppression dans la réforme fiscale de crédits d'impôts pour la mise en service de nouveaux réacteurs.

Pourtant, le nucléaire fait partie des énergies considérées comme propres car il ne contribue pas au réchauffement climatique. Mais son développement aux Etats-Unis a souffert de l'accident de la centrale de Three Mile Island en Pennsylvanie (est) en 1979. Aucun réacteur n'a été mis en service entre 1996 et 2016, l'essentiel des investissements remontant aux années 1970 et 1980.

Aujourd'hui, il n'assure que moins de 10% de la production d'énergie américaine, derrière le gaz naturel et le pétrole (autour de 30% chacun) et le charbon (environ 20%) même si le pays reste le premier au monde en matière de production d'énergie nucléaire.

La faillite en début d'année de l'un des principaux acteurs du secteur, Westinghouse, qui était passé sous le contrôle du japonais Toshiba, n'a pas arrangé les choses. C'est sa technologie AP1000 qui est utilisée pour la construction des deux nouvelles unités de la centrale de Vogtle.

Westinghouse s'est effondré sous le poids d'une dette colossale que doit aujourd'hui éponger Toshiba avant de pouvoir vendre les activités de cette filiale. Celle-ci a encore huit réacteurs AP1000 en construction aux Etats-Unis, en Corée du sud et en Chine et une douzaine de projets à l'étude.

- Mauvaise réputation -

S'il ne contribue pas au réchauffement climatique, le nucléaire n'a pas bonne réputation auprès des défenseurs de l'environnement compte tenu des risques qu'il présente et du traitement des déchets qu'il produit.

L'ONG américaine Cleanenergy.org a ainsi regretté la décision de poursuivre la construction des deux réacteurs en Georgie et en dénonce le coût. "La Commission a approuvé une légère réduction des bénéfices que la compagnie gestionnaire pourra dégager de l'exploitation d'un projet mal géré qui a déjà cinq ans de retard sur le cahier des charges et dont le coût a doublé à plus de 27 milliards de dollars", a-t-elle dénoncé dans un communiqué.

"En tant que dernière centrale en construction, cela devrait être une leçon: ces installations nucléaires ne peuvent pas être construites en tenant compte des délais et du budget. Leur taille les expose à toutes les formes de corruption et de mauvaise gestion et nous devrons encore attendre longtemps avant de voir ce projet achevé", a ajouté son responsable pour le sud des Etats-Unis, Stephen Smith.

Même écho au Sierra Club, l'une de principales organisations de défense de l'environnement américaine. "Georgia Power devrait mettre fin à ce désastre immédiatement et plutôt sortir des énergies nucléaires et fossiles pour se diriger vers une énergie productrice d'électricité propre à 100%, créatrice d'emplois, qui protège l'environnement et les gens contre les risques financiers associés à de mauvais paris comme Vogtle", a-t-elle affirmé dans un communiqué.

jld/vmt/la

TOSHIBA


(©AFP / 22 décembre 2017 16h19)
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