Un chargement de combustible nucléaire, contesté par les écologistes, en partance pour le Japon

Cherbourg - Un chargement de MOX, un combustible nucléaire contenant du plutonium, une substance très radioactive, doit quitter Cherbourg mercredi par la mer pour le Japon, sous haute surveillance policière et les critiques des écologistes.

Partie peu après 03H00 de l'usine Areva de Beaumont-Hague, à 20 km de Cherbourg, la cargaison est arrivée vers 04H45 sur le port, à bord de deux poids lourds escortés par des dizaines de véhicules de forces de l'ordre et un hélicoptère, a constaté un photographe de l'AFP. Selon la préfecture de la Manche, "plusieurs centaines d'hommes" ont été mobilisés.

Le chargement à bord d'un navire spécialisé a démarré peu avant 09H00, selon la même source. De source proche du port de Cherbourg, le bateau doit partir à 17H00 au plus tard.

Il s'agira du sixième transport de MOX de la France vers le Japon, le premier ayant eu lieu en 1999. Le dernier datait de 2013. Il faut en général environ 65 jours au MOX pour rejoindre le Japon par la mer.

Une petite vingtaine de militants de Greenpeace ont déployé des banderoles et déclenché des fumigènes au passage du convoi peu avant son arrivée sur les quais, selon le photographe.

Ils risquent 75.000 euros d'amende s'ils s'approchent du chargement à moins de 300 m du navire.

"Nous dénonçons la dangerosité de ce transport et en particulier le risque de prolifération nucléaire et de détournement à des fins militaires", a déclaré à l'AFP Yannick Rousselet, chargé des questions nucléaires de Greenpeace France, qui se trouvait parmi les manifestants.

Selon l'ONG, la cargaison comprend 8 tonnes de MOX incluant 640 kg de plutonium, "le plus grand radiotoxique du monde", ce qui fait du MOX un combustible plus radioactif que le combustible classique composé uniquement d'uranium.

Alexandre Marinot, porte-parole d'Areva, a juste confirmé à l'AFP l'arrivée à Cherbourg de deux emballages de MOX. Selon l'industriel, ce combustible est composé de 3 à 12% de plutonium, le restant étant de l'uranium.

D'après Areva, la fabrication de bombes à partir de ce plutonium est "quasi impossible", et "ce transport présente un niveau de sûreté maximal", avec un rapport de un à dix entre le poids du MOX et celui de son emballage.

- Navire civil armé -

La cargaison voyagera à bord d'un navire spécialisé, le Pacific Egret, bâtiment de la compagnie maritime britannique PNTL. "C'est un navire civil, armé, protégé par des unités de polices britanniques spécialement formées", a précisé à l'AFP Paul Harding, directeur général de la société publique britannique International nuclear service (INS) France, actionnaire majoritaire de PNTL.

Le Pacific Egret voyagera avec un bateau du même type, le Pacific Héron. Les deux navires assurent leur protection mutuelle, selon M. Harding.

Selon Greenpeace, les bateaux sont équipés chacun de deux canons 30 mm.

Le 29 juin, l'association Robin des bois, spécialisée dans la défense de l'environnement maritime, avait estimé que "la capacité des modestes navires de la PNTL à résister aux cyclones, aux tsunamis et aux missiles nord-coréens n'est pas démontrée".

Mardi, le Réseau Sortir du nucléaire a lui aussi dénoncé ce transport: "Areva fait du profit en vendant ce combustible dangereux à un pays meurtri par un accident nucléaire, pour alimenter des réacteurs dont la population japonaise refuse le redémarrage".

Greenpeace dénonce un "transport politique" de ce MOX destiné au réacteur 4 de la centrale de Takahama, (sud-ouest du Japon) qui a redémarré début juin. "C'est beaucoup de moyens déployés pour seulement 16 assemblages alors qu'il faut 157 assemblages pour faire fonctionner ce réacteur", ajoute M. Rousselet.

Il y a actuellement 5 réacteurs actifs au Japon, sur un parc ramené à 42 unités, contre 54 avant l'accident de Fukushima, qui a de facto condamné les tranches concernées et entraîné l'arrêt définitif d'autres tranches.

Areva explique que le MOX est un combustible qui permet de "recycler" le plutonium produit lors de l'irradiation de combustibles classiques (composés uniquement d'uranium) dans les centrales nucléaires. Areva, affirme Greenpeace, est la seule entreprise au monde à commercialiser du MOX.

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AREVA


(©AFP / 05 juillet 2017 11h16)
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