Un deuxième Canadien interrogé par la Chine (ministre canadien)

Ottawa - La ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland a indiqué mercredi qu'un deuxième ressortissant canadien avait dit avoir été interrogé par les autorités chinoises, ajoutant qu'Ottawa ne parvenait plus à le contacter depuis.

"Nous sommes au courant qu'un Canadien nous a contactés parce qu'il était interrogé par les autorités chinoises", a déclaré Mme Freeland en réponse à une question lors d'une conférence de presse à Ottawa, deux jours après l'arrestation en Chine d'un ancien diplomate canadien.

"Nous n'avons pas pu le contacter depuis qu'il nous a prévenus. Nous travaillons dur pour déterminer où il se trouve et nous avons également soulevé la question auprès des autorités chinoises", a-t-elle ajouté. Mme Freeland s'est refusée à donner plus de précisions sur son identité en raison de sa "situation délicate".

Ottawa avait confirmé mardi l'arrestation en Chine d'un autre Canadien, Michael Kovrig, ancien diplomate travaillant pour le centre de réflexion International Crisis Group (ICG) basé à Berlin.

Pékin a officiellement informé Ottawa de cette arrestation par fax mercredi matin, a précisé Mme Freeland.

"Le Canada est très préoccupé par la détention de M. Kovrig et a soulevé la question directement auprès des responsables chinois", a-t-elle ajouté.

Michael Kovrig était basé à Hong Kong pour ICG, travaillant notamment sur des questions de politique étrangère et de sécurité dans la région, en particulier dans la péninsule coréenne.

Mais ICG a fermé son bureau dans la capitale chinoise après que Pékin eut adopté une loi sur les ONG, entrée en vigueur en 2017, visant à mieux contrôler les activités sur son sol des organisations étrangères.

Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lu Kang, a souligné mercredi qu'ICG n'était pas enregistré en Chine et que ses employés seraient "en violation" de la loi s'ils avaient des activités dans le pays.

La Chine avait menacé de représailles le Canada après l'arrestation le 1er décembre à Vancouver de la directrice financière du géant chinois des télécoms Huawei, à la demande des Etats-Unis.

Meng Wanzhou a été remise en liberté sous caution mardi, dans l'attente de la procédure d'extradition vers les Etats-Unis qui la soupçonnent de complicité de fraude pour contourner les sanctions américaines contre l'Iran.

Ottawa a précisé mercredi que Pékin avait été informé de cette arrestation le jour même, alors que les autorités chinoises ont reproché au gouvernement canadien d'avoir tardé à les prévenir.

Mme Freeland a par ailleurs indirectement critiqué les déclarations du président américain Donald Trump, qui s'est dit prêt à intervenir dans l'affaire Meng Wanzhou pour maintenir les bonnes relations économiques avec Pékin. Il a aussi assuré qu'il ferait "tout ce qui est bon" pour les États-Unis.

"Nos partenaires en matière d'extradition ne devraient pas chercher à politiser le processus d'extradition ou à l'utiliser à des fins autres que la recherche de la justice dans le respect de la loi", a commenté la chef de la diplomatie canadienne.

Mme Freeland a prévenu Washington que la décision finale d'extrader ou pas Mme Meng, qui reviendra au ministre canadien de la Justice, serait prise sur des considérations judiciaires et non politiques.

"Il reviendra aux avocats de Mme Meng de choisir s'ils veulent utiliser pour leur défense des commentaires faits aux Etats-Unis, et il reviendra ensuite au système judiciaire canadien, aux juges canadiens, de mesurer l'importance de ce que disent les avocats de Mme Meng", a-t-elle insisté.

(©AFP / 12 décembre 2018 23h59)