Un oui et deux non du peuple suisse

Les retraités ne bénéficieront pas de rentes plus élevées. L'initiative "AVSplus: pour une AVS forte" des syndicats et de la gauche a été rejetée par 59,4% des votants. Le même sort a été réservé à l'économie verte. Seule la loi sur le renseignement a été acceptée.

Le texte sur AVSplus n'a convaincu que 921'200 personnes. Un peu plus de 1,34 million ont glissé un "non" dans l'urne. Les seuls cantons qui ont soutenu l'initiative se trouvent en Suisse latine. Neuchâtel la plébiscite à 63,5%, le Jura à 59,5%, Genève à 53,6%, le Tessin à 53,4% et Vaud du bout des lèvres, à 50,3%. Bâle-Ville rejette le texte de justesse (50,9%). Le Valais s'y oppose à 59%, le canton de Fribourg à 57,2% et celui de Berne à 60,2%.

Le refus le plus prononcé vient du demi-canton d'Appenzell Rhodes-Intérieures, avec 77,7% de "non", suivi des petits cantons de Suisse centrale: Obwald (75,1%), Nidwald (73%) et Schwyz (71,8%).

"Mini-röstigraben"
Le rejet de l'initiative "AVSplus" a fait réapparaître un "mini-röstigraben". Depuis l'historique "nein" à l'EEE, une vingtaine de votations ont été marquées par des "röstigraben".

La dernière fois que les Romands se sont démarqués des Alémaniques, c'était le 9 février 2014 dans le cadre de la votation sur l'immigration de masse. Alors que les francophones ont voté en bloc contre l'initiative de l'UDC, seuls les cantons alémaniques de Zurich, Zoug et Bâle-Ville ont fait de même.

Rejet de l'initiative sur l'économie verte
La Suisse renonce par ailleurs à un objectif environnemental ambitieux. Elle a rejeté par 63,6% l'initiative pour une économie verte qui voulait empêcher la Suisse de consommer davantage de ressources que ce qu'offre la planète. Seul le canton de Genève l'a soutenue.

Le canton du bout du lac l'a fait de justesse, par 51,9% des voix. Dans le camp du "non", les plus tentés par un "oui" sont ensuite les Bâlois de la ville (53%). Les plus hostiles au texte des écologistes sont Schwyz avec 78,5%, suivis de Nidwald (77,2%) et d'Obwald (77,1%).

Les Romands sont généralement moins catégoriques que les Alémaniques. Les Vaudois rejettent le texte par 53,7% des voix, les Jurassiens par 55,2%, les Neuchâtelois par 56% et les Fribourgeois par 62,6%. Les Bernois ont dit "non" à 62,7%. Le Valais sort de la moyenne avec 70,8% de rejet.

Le refus des Tessinois s'inscrit à 60%. Bâle-Ville mis à part, tous les cantons d'outre-Sarine ont repoussé l'initiative à plus de 63%.

Au total, environ 1'430'200 personnes ont glissé un bulletin "non" dans l'urne. Un peu moins de 819'800 citoyens ont dit "oui".

Oui à une surveillance accrue
L'arsenal à disposition du Service de renseignement de la Confédération (SRC) sera par contre renforcé. La nouvelle loi qui autorise une surveillance intrusive à certaines conditions a été acceptée par 65,5% des votants. Tous les cantons ont dit "oui".

La palme du soutien à la nouvelle loi vient de Vaud, où plusieurs personnalités de gauche se sont mobilisées en faveur du texte. Le "oui" a atteint 74,2%. Suivent Nidwald avec 70.1% et Zoug avec 69,2%.

Bâle-Ville, qui a connu une affaire de fichage il y a quelques années, est en revanche le canton le plus réfractaire à renforcer les moyens donnés au SRC. Il n'a donné son aval qu'à 55%. Schaffhouse a accepté la loi par 60,5% et Appenzell Rhodes-Extérieures par 61,3%.

L'ampleur du "oui" oscille entre 60 et 65% dans la majorité des cantons. Genève (61,2%), le Jura (63,2%) et le Valais (64,8%) se retrouvent dans cette fourchette. Neuchâtel (65,1%) et Berne (65,9%) la dépassent de justesse, alors que le soutien à la loi excède les deux-tiers des votants à Fribourg (67,2%).

Au final, plus de 1,45 million de votants ont glissé un "oui" dans l'urne contre plus de 768'000 "non".

Menace terroriste
La forte menace terroriste qui pèse sur l'Europe a certainement pesé dans la balance. Le Conseil fédéral et les partisans du projet ont souligné la nécessité d'adapter le dispositif aux nouveaux risques, tout en affirmant que la nouvelle loi préserverait un juste équilibre avec la protection des libertés individuelles.

Les opposants n'ont pas réussi à convaincre du contraire. Mettant en avant le scandale des fiches de 1989, les autres affaires qui ont ébranlé le service de renseignement ainsi que les dérives américaines dénoncées par Edward Snowden, ils ont brandi le risque d'une dérive vers une surveillance de masse.

(ats / 25.09.2016 15h38)