Venezuela: l'opposition promet sa "plus grande" manifestation samedi

Heurts entre forces de l'ordre et opposants au président vénézuélien Nicolas Maduro, le 18 mai 2017 à Caracas / © AFP / FEDERICO PARRA
L'opposition vénézuélienne promet de réaliser samedi sa "plus grande démonstration de force" depuis le début de la vague de protestations, début avril, réclamant le départ du président socialiste Nicolas Maduro.

"C'est une façon de rappeler au gouvernement qu'après cinquante jours de résistance, des morts et des prisonniers, nous sommes plus nombreux et que nous n'allons pas nous rendre", a déclaré vendredi soir lors d'un rassemblement public Freddy Guevara, le vice-président du Parlement, dominé par l'opposition.

Selon le tout dernier bilan du parquet, diffusé vendredi, les incidents qui entourent ces rassemblements quasi quotidiens ont fait 47 morts. La précédente série de défilés anti-Maduro, entre février et mai 2014, avait fait 43 morts.

Les manifestations dégénèrent la plupart du temps en affrontements avec les forces de l'ordre, où aux projectiles en tous genres et cocktails Molotov répondent les gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc et canons à eau de la police.

Les tirs sont parfois réels, et sont la cause de plusieurs des morts, des faits pour lesquels des fonctionnaires ont été arrêtés. A cela s'ajoutent des pillages et la violence exercée par les "colectivos", des groupes de civils armés par le gouvernement, selon l'opposition.

Les antichavistes (du nom du défunt Hugo Chavez, président en 1999-2013) entendent marquer les esprits.

"Pour ce 50e jour de résistance, nous allons organiser la plus grande démonstration de force de cette période", a déclaré Juan Andrés Mejia, un des jeunes députés qui dirigent les manifestations.

Venezuela : Maduro veut une nouvelle Constitution / © AFP / Anella RETA, Gustavo IZUS
Depuis le début des marches anti-Maduro, on compte des centaines de blessés et quelque 2.200 personnes interpellées, selon l'ONG Foro Penal.

Selon la même ONG, 161 personnes au moins ont été incarcérées sur ordre des tribunaux militaires.

Les adversaires de Maduro dénoncent une "répression sauvage" du gouvernement socialiste, alors que le pouvoir accuse l'opposition de fomenter le "terrorisme" en vue d'un coup d'Etat soutenu par les Etats-Unis.

"Violence et mort"

Le chef de l'opposition vénézuélienne Henrique Capriles, qui a accusé jeudi les autorités de l'empêcher de quitter le pays en lui "retirant" son passeport, a annoncé qu'un de ses avocats avait remis vendredi à New York un rapport sur la crise qui frappe le pays sud-américain au Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein.

M. Capriles, ancien candidat à la présidentielle, perdue de peu face au chef de l'Etat actuel, devait faire le déplacement aux Etats-Unis.

Le chef de l'opposition au Venezuela Henrique Capriles à Caracas, le 19 mai 2017 / © AFP / Juan BARRETO
Au Venezuela, la situation apparaît particulièrement tendue dans l'Etat de Tachira (ouest), à la frontière de la Colombie. Après une série de pillages et d'attaques contre des installations de la police et de l'armée, le président y a déployé 2.600 militaires.

Selon les analystes, le défi de l'opposition sera de se maintenir dans la rue de manière pacifique, après un mois et demi de manifestations quasi interrompues.

"Le succès d'un mouvement de protestation dépend du nombre et de la durée", juge l'analyste Luis Vicente Leon qui prévient que si les défilés prennent un tour violent "ils ont moins d'impact".

Sept Vénézuéliens sur dix souhaitent le départ du président Maduro, selon les sondages, alors qu'une profonde crise économique et sociale alimente la colère populaire. Ce pays pétrolier, ruiné par la chute des cours du brut, est frappé par de graves pénuries d'aliments et de médicaments. L'inflation y est la plus élevée au monde et la criminalité hors de contrôle.

L'opposition exige des élections générales anticipées et rejette la décision du chef de l'Etat de convoquer une assemblée constituante pour réformer la Constitution de 1999. Elle estime qu'il s'agit d'une manoeuvre de M. Maduro pour repousser le scrutin présidentiel prévu fin 2018 et s'accrocher au pouvoir.

La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, seule voix discordante au sein du camp présidentiel, a estimé que cette initiative du président ne ferait qu'aggraver la crise, selon une lettre envoyé au gouvernement et diffusée par la presse.

Vendredi, au cours d'une réunion publique, le chef de l'Etat a affirmé que la constituante était "le chemin pour la paix, le dialogue et le consensus", tandis que l'opposition ne proposait que "la violence et la mort".



(©AFP / 20 mai 2017 13h57)