Venezuela: l'opposition présente un projet de loi amnistiant les prisonniers politiques

Caracas - L'opposition vénézuélienne, qui détient désormais la majorité à l'Assemblée nationale, a présenté lundi une proposition de loi en vue d'amnistier plusieurs dizaines de prisonniers politiques, accentuant la confrontation avec le gouvernement chaviste qui a promis de s'opposer au texte.

Nous avons livré une proposition très bien élaborée, une loi, un décret. En route pour l'amnistie de tous les prisonniers politiques. Qu'aucun innocent ne soit oublié, a déclaré à la presse et écrit sur twitter Lilian Tintori, épouse du leader de l'aile radicale de l'opposition Leopoldo Lopez, actuellement emprisonné.

Accompagnée d'un groupe de députés de la coalition de l'opposition, réunie sous le nom de Table de l'unité démocratique (MUD), d'avocats et des familles de prisonniers politiques, Mme Tintori s'est rendue lundi à l'Assemblée pour y déposer le texte.

Baptisée Loi d'amnistie et de réconciliation, la proposition vise à amnistier les 76 (bien 76) prisonniers politiques que l'opposition recense et près de 4.700 persécutés politiques (qui sont poursuivis par la justice) ou exilés à cause de leur opposition au chavisme -du nom du président défunt Hugo Chavez, au pouvoir de 1999 à 2013-, selon la MUD.

L'opposition, largement majoritaire au parlement unicaméral du Venezuela pour la première fois en plus de 16 ans, n'a pas précisé combien de temps prendrait l'adoption du texte. Mais les députés chavistes ne pourront que faire les objections permises par le règlement, a assuré à l'AFP Jesus Torrealba, secrétaire général de la MUD.

Forte de 112 sièges sur 167 au Parlement, la MUD revendique la majorité des deux tiers qui lui permet de convoquer un référendum, mettre en place une assemblée constituante, voire chasser le président Maduro via une réduction de la durée de son mandat.

L'opposition se donne six mois pour le faire partir par la voie constitutionnelle.

Peu après la victoire de l'opposition aux élections législatives de décembre, le président Nicolas Maduro a prévenu qu'il s'opposerait à l'adoption d'une telle loi.

Mais selon le juriste José Ignacio Hernandez, interrogé par l'AFP, M. Maduro ne peut pas bloquer l'amnistie et pourra uniquement faire des observations avant de la promulguer à moins de violer la Constitution.

Le leader de l'opposition Leopoldo Lopez a été condamné en septembre à près de 14 ans de prison pour incitation à la violence lors des manifestations de 2014, qui avaient fait 43 morts officiellement.

Par ailleurs, l'Assemblée nationale a mis en place lundi une commission d'enquête sur la nomination de 34 juges (13 titulaires et 21 suppléants) du Tribunal suprême de justice (TSJ), la plus haute autorité judiciaire du pays, fin décembre, par la majorité chaviste sortante. La MUD avait contesté leur légalité.

Dans la foulée, le TSJ avait décidé de suspendre l'élection de trois députés de l'opposition et d'un chaviste dans l'Etat d'Amazonas (sud).

Les nominations de juges sont d'autant plus sensibles que le TSJ va devoir arbitrer les litiges qui se profilent dans la bataille frontale entre pouvoirs.

Lundi soir, le TSJ a répliqué en annonçant que toutes les décisions du parlement seraient invalides car les trois députés anti-chavistes ont été investis malgré leur suspension par le Tribunal.

Le TSJ considèrera comme nuls les actes de l'Assemblée nationale passés et à venir, tant que ces trois députés demeureront investis.

Le nombre de députés est déterminant pour l'opposition. Avec 112 députés et non plus 109, elle passe de la majorité des trois cinquièmes à celle des deux tiers, lui permettant d'agir.

(©AFP / 12 janvier 2016 03h22)
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