Violences lors d'un rassemblement de l'extrême droite américaine en Virginie

Des victimes recoivent des soins après qu'une voiture a foncé dans la foule, le 12 août 2017 à Charlottesville (Virginie) / © AFP / PAUL J. RICHARDS
Un rassemblement de l'extrême droite américaine samedi à Charlottesville (Virginie) a entraîné des violences entre manifestants et contre-manifestants, et une femme a été tuée lorsqu'une voiture a foncé sur la foule.

Les autorités locales ont donné un bilan de trois morts et 35 blessés, incluant le décès de deux policiers morts dans la chute de leur hélicoptère près de Charlottesville sans qu'un lien explicite avec les affrontements ne soit établi.

Le président Donald Trump a condamné les violences de Charlottesville, sans se prononcer sur la responsabilité de l'un ou l'autre des camps en présence. "Nous devons TOUS nous unir et condamner tout ce qui représente la haine. Il n'y a pas de place en Amérique pour ce type de violences", a-t-il écrit sur Twitter.

M. Trump a ensuite donné une conférence de presse improvisée sur son lieu de vacances à Bedminster (New Jersey). "Nous condamnons dans les termes les plus forts possibles cette énorme démonstration de haine, de sectarisme et de violence venant de diverses parties", a-t-il déclaré.

"La haine et la division doivent cesser, et elles doivent cesser immédiatement", a lancé le président.

Interpellé par des journalistes, il a refusé de condamner spécifiquement les mouvements d'extrême droite.

- Etat d'urgence -

Le gouverneur de Virginie Terry McAuliffe avait déclaré l'état d'urgence en raison des affrontements qui opposaient des centaines de manifestants et de contre-manifestants avant même le début du rassemblement d'extrême droite. Intitulé "Unite the Right Rally", il réunissait des groupes de la droite radicale et identitaire, dont le Ku Klux Klan et des néonazis.

Ces groupes entendaient dénoncer le projet de Charlottesville de déboulonner dans un jardin municipal la statue d'un général sudiste favorable à l'esclavage.

Des centaines de manifestants et de contre-manifestants étaient arrivés dans la matinée à Charlottesville, une ville de l'est de Etats-Unis. Des échauffourées entre les deux camps ont rapidement éclaté, malgré le déploiement de la police anti-émeutes et de la garde nationale.

Une femme de 32 ans a été tuée et 19 personnes ont été blessées lorsqu'une voiture a percuté une foule composée, selon des témoins, de contre-manifestants hostiles au rassemblement d'extrême droite.

Le conducteur du véhicule a été placé en garde à vue et la police traite les faits comme un "homicide criminel", a déclaré le chef de la police de Charlottesville, Al Thomas.

Selon la chaîne de télévision CNN, le suspect, James Alex Fields Jr, 20 ans, originaire de l'Ohio, a été inculpé de meurtre, de blessures et de délit de fuite.

Une vidéo montre une voiture de couleur sombre percutant un autre véhicule par l'arrière, qui lui-même rentre dans une troisième voiture devant lui. La voiture responsable de la collision repart alors vivement en marche arrière au milieu des manifestants paniqués.

- 'C'était volontaire' -

"On marchait dans la rue quand une voiture, une berline noire ou grise, nous a foncé dessus, elle a percuté tout le monde. Puis elle a reculé et nous a encore heurtés", a déclaré un témoin à l'AFP.

"Une fille au sol a été mutilée. C'était volontaire, ils ont fait exprès de faire marche arrière", a raconté un autre homme qui avait assisté à la scène.

Par ailleurs, deux occupants d'un hélicoptère de la police sont morts lorsque l'appareil s'est écrasé dans une zone boisée proche de Charlottesville, a indiqué la police. Une enquête sur les causes de l'accident a été ouverte.

Auparavant, les forces de sécurité n'ont pas été en mesure de contenir les multiples affrontements entre les manifestants des deux camps.

- Drapeaux confédérés -

De nombreux partisans de l'extrême droite brandissaient des drapeaux confédérés, que beaucoup d'Américains considèrent comme un symbole de racisme. Certains faisaient le salut nazi.

Les militants anti-racistes agitaient des drapeaux du mouvement Black Lives Matter (BLM), qui proteste régulièrement contre les décès de Noirs victimes d'usage excessif de la force par la police.

Ils scandaient des slogans comme "Nous disons non à la peur raciste" ou "Pas de nazis, pas de KKK, pas de fascistes aux USA".

En fin d'après-midi, le centre de Charlottesville était pratiquement désert à part une forte présence des forces de sécurité.

Dans la soirée, le gouverneur de Virginie a attaqué les groupes d'extrême droite lors d'une conférence de presse. "J'ai un message pour tous les suprémacistes blancs et les nazis qui sont venus aujourd'hui à Charlottesville. Notre message est simple et clair. Rentrez chez vous. Vous n'êtes pas les bienvenus dans cette belle communauté", a-t-il dit.

Le refus de M. Trump de condamner spécifiquement les groupes d'extrême droite a été critiqué par ses adversaires démocrates, mais aussi par certains républicains.

La démocrate Hillary Clinton, battue par M. Trump à l'élection présidentielle de 2016, a critiqué M. Trump sans le nommer. "Chaque minute où nous permettons à cela de se poursuivre par un encouragement tacite ou par inaction est une honte et un danger pour nos valeurs", a-t-elle tweeté.

Le sénateur républicain de Floride, Marco Rubio, est lui aussi intervenu sur Twitter. "Très important pour la nation d'entendre le président décrire les événements de Charlottesville pour ce qu'ils sont, une attaque terroriste menée par des suprémacistes blancs".



(©AFP / 13 août 2017 04h10)
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