Violences post-électorales au Gabon: les autorités françaises ne pouvaient ignorer le massacre

Paris - Les autorités françaises ne pouvaient pas ignorer le massacre survenu au quartier général de l'opposition gabonaise à Libreville, après l'annonce de la réélection contestée du président Ali Bongo, a estimé vendredi l'un des avocats de l'opposant Jean Ping.

Me Emmanuel Altit s'exprimait lors d'une conférence de presse à Paris au lendemain du dépôt à la Cour pénale internationale d'un dossier accusant le pouvoir gabonais d'avoir commis des crimes contre l'humanité, notamment lors de l'assaut des forces de sécurité contre le QG de M. Ping dans la nuit du 31 août au 1er septembre.

L'assaut avait été donné après la proclamation des résultats et l'incendie partiel de l'Assemblée nationale, le pouvoir accusant le QG d'abriter des personnes armées qui ont incendié le siège de l'Assemblée nationale et des centaines de pilleurs et de casseurs.

Le camp Charles de Gaulle où sont stationnées des militaires français se trouve à quelques centaines de mètres à peine du quartier général de l'opposition, a souligné l'avocat. Ce camp ne pouvait pas ignorer les hélicoptères qui survolaient le quartier général, ni les attaques, les détonations, a-t-il ajouté.

Cela veut dire qu'en aucune manière les autorités militaires et civiles françaises n'ont pu ignorer (...) ce qui se passait au moment où ça se passait, qui était un massacre dont ont été victimes aussi des binationaux, des Français, a insisté Me Altit.

Entre 20 et 30 personnes ont été tuées dans le bâtiment ce soir là, selon l'opposition et la société civile qui évoquent aussi un nombre inconnu de disparus. Le bilan avancé par le gouvernement gabonais pour l'ensemble des violences post-électorales est de trois morts.

Lors de la nuit de l'assaut, M. Ping avait indiqué à l'AFP qu'il avait demandé en vain à l'ambassade de France de bénéficier des ambulances des services français militaires et civils présentes dans le pays pour évacuer les blessés.

Ce n'est pas grand chose de stopper une attaque qu'on sait être une attaque sanglante contre des civils désarmés. C'est facile d'arrêter ça quand on est un responsable français, a martelé Me Altit.

Selon l'avocat, à partir du moment où quelqu'un sait et peut agir, il est co-responsable. Des responsables français pourraient ainsi être co-responsables des violences, pourvu qu'on démontre qu'ils étaient en mesure d'intervenir, a-t-il estimé.

A ses côtés, le député européen français Yannick Jadot, également candidat écologiste à la présidentielle de 2017, a reproché au gouvernement français de se rendre complice d'un coup d'Etat au Gabon.

Ali Bongo a perdu, a affirmé le responsable écologiste, qualifiant de coup d'Etat le maintien au pouvoir du président sortant. En semblant prendre acte de la situation, la France privilégie les affaires des sociétés françaises au Gabon au détriment de la démocratie, a-t-il dit.

Nous sommes complices d'un coup d'Etat par intérêt économique, a-t-il insisté. Il faut sanctionner ceux qui ont organisé le coup d'Etat et se sont rendus coupables de crimes autour de cette élection.

(©AFP / 16 décembre 2016 17h20)
News les plus lues