Washington ouvre un énième front dans sa bataille commerciale

Le président américain à la Maison Blanche à Washington, le 18 mai 2018 / © AFP / NICHOLAS KAMM
L'administration Trump a ouvert un nouveau front dans sa bataille commerciale avec ses alliés, cette fois-ci en annonçant qu'elle envisageait de frapper de lourdes taxes les importations automobiles.

Chine, Union européenne, Aléna, acier, automobile, où en est-on des différentes offensives lancées par la Maison Blanche?

Armistice avec la Chine

Depuis samedi, Washington et Pékin ont, semble-t-il, signé un armistice. La Chine a accepté le principe d'une réduction drastique du déficit commercial des Etats-Unis en achetant plus de biens et services américains.

Signe de la décrispation entre les deux pays, la Chine, premier marché automobile mondial, a annoncé mardi qu'elle allait réduire dès le 1er juillet ses droits de douane de 25% à 15% sur les voitures. Le géant asiatique a également levé une mesure antidumping prise contre les importations de sorgho américain.

De son côté, Donald Trump a esquissé les contours d'un accord pour régler le contentieux sur le groupe chinois des télécommunications ZTE. En échange de la levée de l'interdiction des exportations de composants américains indispensables à la reprise de son activité, le président envisage une amende de quelque 1,3 milliard ainsi qu'un changement complet des dirigeants du groupe chinois.

Potentielle guerre commerciale avec l'UE

L'exemption provisoire des taxes de 25% sur les importations européennes d'acier et de 10% sur celles d'aluminium expire dans une semaine, le 1er juin.

L'Union européenne (UE) s'est décidée la semaine dernière à ouvrir des discussions avec les Etats-Unis pour abaisser les barrières douanières dans l'industrie, y compris l'automobile, mais à condition que les 28 pays membres soient définitivement exemptés des taxes sur l'acier et l'aluminium.

Pour autant, la Commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, s'attend à ce que les propositions européennes soient rejetées.

Pour l'heure, la Maison Blanche n'a fait aucun commentaire.

L'Union européenne s'est préparée ces derniers mois à la perspective d'une guerre commerciale avec son allié américain.

Si les taxes sur l'acier et l'aluminium entraient finalement en vigueur, la mesure de représailles la plus immédiate viserait à taxer de manière "ciblée et proportionnée" des dizaines de produits emblématiques fabriqués aux Etats-Unis, parfois dans des Etats ayant voté pour Donald Trump, dont le tabac, le bourbon, les jeans ou les motos. Et ce pour compenser en valeur les pertes potentielles pour l'industrie européenne.

Une liste de produits a déjà été approuvée mi-avril par les Etats membres. Il faudrait néanmoins plusieurs semaines avant que l'UE puisse en toute légalité frapper Washington.

Issue incertaine sur l'Aléna

Le Canada et le Mexique ont également été temporairement exemptés des taxes sur l'acier et l'aluminium dans la mesure où ils sont engagés depuis des mois dans la renégociation du traité de libre-échange nord-américain (Aléna) qui les unit aux Etats-Unis.

Les trois pays sont convenus que l'Aléna, entré en vigueur en 1994, avait besoin d'être modernisé pour intégrer des problématiques notamment sociales et environnementales, inexistantes au moment de la signature du texte originel.

Washington, qui accuse le traité d'avoir détruit des milliers d'emplois américains en délocalisant des entreprises au Mexique, en particulier dans le secteur automobile, demande une réduction du déficit commercial des Etats-Unis avec Mexico.

Si les trois parties ont fait part de progrès dans les discussions et si des propositions sont sur la table, les discussions achoppent toujours sur les "règles d'origine": l'administration Trump veut imposer que les voitures fabriquées dans la zone Aléna soient largement composées d'éléments américains.

Malgré l'approche d'échéances politiques pour les trois pays, en particulier les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, l'issue est incertaine.

Le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a récemment souligné que Donald Trump était "plus déterminé à obtenir un bon accord que préoccupé par une quelconque échéance". Le président américain pourrait aussi tout simplement décider de sortir de l'accord, menace qu'il brandit depuis des mois.

Nouveau front, l'automobile

L'administration Trump a annoncé mercredi avoir lancé une enquête sur les importations de véhicules aux Etats-Unis "pour déterminer leur impact sur la sécurité nationale", affirmant avoir "des preuves suggérant que, durant des décennies, les importations depuis l'étranger ont érodé" l'industrie automobile américaine.

La Maison Blanche pourrait ainsi imposer des taxes jusqu'à 25%, selon le Wall Street Journal.

Les Etats-Unis, qui ont importé 8,271 millions de voitures l'an passé, étaient vertement critiqués jeudi en Europe comme au Japon.

L'organisation Global Automakers, le lobby du secteur qui regroupe constructeurs et équipementiers automobile, affirme qu'aucun groupe n'a demandé de "protection" et que l'automobile se "porte bien".

"Si ces taxes sont décidées, les consommateurs vont en être très affectés car ils auront moins de choix et seront confrontés à des prix de véhicules élevés", affirme son patron, John Bozzella.



(©AFP / 24 mai 2018 18h32)


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