Yémen: "inconcevable" de maintenir la conférence à Paris si Hodeida est attaqué (ONGs)

Paris - Une quinzaine d'organisations humanitaires internationales "implorent" mercredi le président français de faire pression sur l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis pour éviter une attaque sur Hodeida (Yémen) et jugent "inconcevable de maintenir" la conférence humanitaire sur le Yémen fin juin à Paris si un tel assaut est lancé.

Dans une lettre au président Emmanuel Macron dont l'AFP a obtenu une copie, ces organisations font part de "leur alarme face à la rapide détérioration de la crise yéménite" et "implorent" M. Macron de "faire tout ce qui est en (votre) pouvoir pour faire pression sur les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite afin d'éviter une attaque sur le port de Hodeida", "d'une importance vitale pour plus de 20 millions de Yéménites".

Parmi les signataires figurent la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), CARE International, Norwegian Refugee Council (NRC), Relief International, Handicap International, Oxfam France, Action contre la Faim, Médecins du Monde.

Le conflit au Yémen oppose depuis mars 2015 des forces progouvernementales, appuyées par une coalition arabe emmenée par l'Arabie saoudite, aux rebelles Houthis, soutenus par l'Iran et qui contrôlent la capitale Sanaa.

La guerre a fait près de 10.000 morts et provoqué, selon l'ONU, "la pire crise humanitaire du monde", avec des millions de personnes au bord de la famine.

Hodeida (ouest) compte quelque 600.000 habitants et son grand port est le point d'entrée de la majorité des importations et de l'aide humanitaire internationale destinée à une population exsangue.

Des forces progouvernementales yéménites, appuyées par les Emiratis et les Saoudiens, étaient massées mercredi autour d'Hodeida, laissant présager l'imminence d'un assaut dans le but d'en évincer les rebelles Houthis.

"Un assaut sur la ville aurait probablement des conséquences catastrophiques sur la population civile", soulignent les ONGs. "Nous vous appelons à dire publiquement que la France ne pourra pas continuer à soutenir une partie au conflit qui attaquerait le port de Hodeida (...)", déclarent-elles à l'adresse de M. Macron.

La France co-organise avec Ryad une conférence humanitaire sur le Yémen le 27 juin à Paris. Son organisation a été décidée au cours de la visite du prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane le 10 avril en France. Elle doit permettre de faire le point sur les besoins humanitaires du Yémen et sur l'aide à apporter, selon Paris.

Mais ces ONGs estiment que si une attaque sur Hodeida était lancée, "il serait inconcevable de maintenir la conférence comme prévu".

"Des pans entiers de la population yéménite risqueraient de se retrouver pris au piège, déplacés et menacés d'insécurité alimentaire accrue, voire de famine. Des conséquences si dramatiques pour les civils ne seraient pas compatibles avec les intentions affichées par la conférence humanitaire", estiment-elles.

Mardi, M. Macron a appelé les "parties prenantes" dans le conflit au Yémen à la "retenue" et à la "protection des populations civiles", au cours d'un entretien téléphonique avec cheikh Mohammed ben Zayed, prince héritier d'Abou Dhabi.

De son côté, le Quai d'Orsay a souhaité rappeler mardi que "seule une solution politique négociée permettra de mettre fin de manière durable à la guerre au Yémen et d'arrêter la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire dans ce pays".

(©AFP / 13 juin 2018 08h36)
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