Pakistan: haute sécurité avant un verdict sur le Premier ministre

Le Premier ministre Pakistanais Nawaz Sharif arrivant pour assister à une parade militaire à Islamabad, le 23 mars 2017 / © AFP/Archives / AAMIR QURESHI
La Cour suprême du Pakistan était sous haute protection jeudi, à quelques heures d'un verdict très attendu qui pourrait pousser à la porte le Premier ministre Nawaz Sharif pour corruption après des révélations des Panama Papers.

Environ 1.500 policiers des forces d'élite ont été déployés autour de l'institution dans le centre d'Islamabad avant la décision, attendue dans l'après-midi. Des dizaines de policiers équipés de longs bâtons arpentent les routes menant à la capitale.

Rumeurs et spéculations allaient bon train sur le verdict, qui pourrait plonger le parti au pouvoir, le PLM-N de M. Sharif, dans le désarroi à un an des élections.

Il lui est reproché d'avoir caché la vérité sur les sociétés et biens immobiliers détenus via des holdings off-shore par ses enfants, notamment sa fille Maryam Nawaz, pressentie comme son héritière en politique.

Le scandale avait éclaté l'an dernier, lorsque le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) a publié quelque 11,5 millions de documents secrets émanant du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca, les Panama Papers, qui révélaient comment dirigeants et placent leurs biens dans des paradis fiscaux.

Trois des quatre enfants de Mr Sharif sont mis en cause.

Au coeur du procès pakistanais, des appartements londoniens de luxe, détenus par la famille Sharif via des sociétés off-shore gérées par le cabinet panaméen.

Plusieurs partis d'opposition, dont le PTI de l'ancienne star du cricket Imran Khan, ont souligné l'opacité du financement de ces biens, appelant le Premier ministre à prouver qu'ils ne s'agit pas de blanchiment d'argent.

Le gouvernement assure que les fonds proviennent d'entreprises familiales basées au Pakistan et dans le Golfe.

L'affaire fait les gros titres depuis des mois au Pakistan. Mais pour de nombreux observateurs, la Cour semble réticente à ordonner le départ de M. Sharif.

Elle a martelé qu'il ne s'agissait pas d'un procès au pénal. En outre, ont souligné des élus du PLM-N à l'AFP, M. Sharif lui-même n'est pas mentionné dans les Panama Papers.

- Précédent -

Un passant marche devant la Cour suprême du Pakistan, à Islamabad, le 5 août 2015 / © AFP/Archives / AAMIR QURESHI
"Nous espérons que la décision sera prise en vertu de la loi, et non des attentes de l'opposition", a souligné la député PLM-N Hina Butt.

Mais il y a un précédent. En 2012, la Cour suprême avait condamné le Premier ministre de l'époque, Raza Gilani, pour outrage à la justice car il avait refusé de réouvrir une enquête pour corruption contre le président d'alors, Asif Zardari. Cela avait entraîné la disqualification du Premier ministre.

Le tribunal, composé de cinq juges, pourrait aussi ordonner une enquête plus détaillée sur les accusations de corruption visant M. Sharif, ou se contenter d'un rappel à la loi, voire l'innocenter complètement.

"La nation attend un jugement qui d'une façon ou d'une autre change le cours de l'histoire au Pakistan", souligne l'avocat S. M. Zafar, tout en estimant difficile de prédire le verdict.

Pour lui, le cas est d'autant plus important que le pays est parmi les mauvais élèves en matière de corruption, classé à la 116e place sur 176 pays par l'ONG Transparency International.

Selon l'expert politique Rasul Buksh Rais: "ca sera une décision historique, qui poussera le Pakistan à se lancer dans la campagne électorale, quelque soit le verdict".

Il ne s'attend pas à ce que la Cour suprême disqualifie le Premier ministre, mais estime qu'on se dirige peut-être vers une nouvelle commission judiciaire, qui permettrait au PTI de M. Khan de crier victoire.

Des élus du PTI comme du PLM-N ont assuré à l'AFP tard mercredi qu'ils respecteraient la décision de la Cour suprême.

M. Sharif, un industriel élu en 2013, achève son troisième mandat mi-2018. Ses deux précédents mandats avaient été interrompus par des interventions de la puissante armée pakistanaise, qui a dirigé le pays pendant la moitié de son existence.

Si Sharif est écarté du pouvoir, le PLM-N peut désigner un nouveau Premier ministre dans ses rangs, mais il risque d'y avoir de fortes pressions pour des élections anticipées.

Cette crise politique intervient alors que le Pakistan, qui célèbre cette année ses 70 ans, a vu sa situation sécuritaire et économique s'améliorer ces deux dernières années, avec une baisse des attentats et une stabilisation de la croissance.


(©AFP / 20 avril 2017 10h41)


News les plus lues