Syrie: 126 morts dans une opération d'évacuation qui tourne au carnage

Une épaisse fumée s'élève du site d'un attentat suicide, le 15 avril 2017 à Rachidine, dans une banlieue rebelle d'Alep, en Syrie / © AFP / Ibrahim YASOUF
Une opération d'évacuation d'habitants de localités assiégées en Syrie a tourné au carnage avec la mort samedi de 126 personnes, dont 68 enfants, dans un attentat suicide, l'une des attaques les plus meurtrières en six ans de guerre.

Dans sa traditionnelle bénédiction Urbi et Orbi, le pape François dénoncé une "ignoble attaque" et appelé à la paix en Syrie, pays "martyrisé" et victime d'une guerre "qui ne cesse de semer horreur et mort".

Déclenché en mars 2011 par la répression dans le sang de manifestations prodémocratie, le conflit a fait plus de 320.000 morts, des millions de déplacés et de réfugiés et s'est complexifié avec l'implication d'acteurs internationaux et de groupes jihadistes.

Samedi, un kamikaze à lancé sa camionnette piégée contre un convoi de bus transportant des milliers d'habitants évacués de Foua et Kafraya, deux localités prorégime assiégées par les insurgés dans la province d'Idleb (nord-ouest), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

L'attaque, qui n'a pas été revendiquée, est survenue à Rachidine, une banlieue rebelle de la ville d'Alep, plus au nord, où avait été bloqué pendant plusieurs heures le convoi en raison de désaccords entre belligérants.

Des civils et combattants évacués des villes de Foua et Kafraya, arrivent à Jibrin, dans la banlieue d'Alep, le 15 avrli 2017 en Syrie / © AFP / George OURFALIAN
C'est à côté de ces dizaines de bus à l'arrêt à Rachidine que le kamikaze a fait exploser sa camionnette.

Au moins 68 enfants figurent parmi les 126 personnes tuées dans l'attentat, a indiqué dimanche l'OSDH, précisant que le bilan ne cessait de s'alourdir, de nombreuses personnes succombant à leurs blessures.

La grande majorité des morts sont des habitants de Foua et Kafraya. Les autres sont des rebelles qui gardaient les bus et des travailleurs humanitaires.

Revenu sur le lieu de l'attentat dimanche, le correspondant de l'AFP a vu de nombreux cadavres jonchant encore le sol. A côté d'eux, des effets personnels qu'ils avaient emportés: télévisions, assiettes, vêtements.

Syrie: quatre villes assiégées évacuées / © AFP / Simon MALFATTO, Jean Michel CORNU
La mort vous surprend

Les bus visés par l'attaque étaient carbonisés et, tout près d'un grand cratère, la camionnette vraisemblablement utilisée dans l'attaque, était complètement détruite.

"Il y a eu une énorme explosion", raconte Mayssa al-Aswad, 30 ans, qui était assise dans un bus avec son bébé de six mois et sa fillette de dix ans au moment de l'attaque.

"J'ai entendu des cris et des pleurs (...) mon bébé Hadi pleurait beaucoup, ma fillette Narjes me regardait, complètement figée", raconte-t-elle à l'AFP qui l'a contactée par téléphone depuis Damas. "La mort peut vous surprendre en quelques minutes".

Un jeune homme blessé dans une attaque à la voiture piégée lancée contre des autobus évacuant des habitants et combattants rebelles de villes assiégées par le gouvernement syrien, le 15 avril 2017 / © AFP / George OURFALIAN
Quelques heures après l'attaque, les convois des personnes évacuées ont repris la route pour rejoindre leur destination finale.

Le régime syrien a accusé les "groupes terroristes", un terme utilisé par le pouvoir pour désigner rebelles et jihadistes.

Mais l'influent groupe rebelle Ahrar al-Cham a nié toute implication des insurgés.

Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l'ONU, Stephen O'Brien, s'est dit "horrifié" par cette attaque "monstrueuse et lâche". Ses auteurs "ont fait preuve d'une indifférence éhontée pour la vie humaine".

Après une longue attente, civils et combattants ont commencé vendredi à être évacués de quatre villes assiégées en Syrie, tandis que les alliés du président Bachar al-Assad se réunissaient à Moscou sur fond de tensions américano-russes. DUREE : 01:15 / © AFP / Youssef Karwashan
La France a "fermement" condamné dimanche cette attaque.

"Les responsables de ces crimes abjects devront rendre des comptes à la justice", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

- Poursuite des évacuations? -

L'opération d'évacuation qui concerne également des milliers d'habitants des localités rebelles de Madaya et Zabadani près de Damas, a été lancée vendredi en vertu d'un accord entre le Qatar, soutien de la rébellion, et l'Iran, allié du régime.

Plus de 7.000 personnes ont été évacuées vendredi et samedi des quatre localités. Quelque 5.000 personnes de Foua et Kafraya -civils et combattants- ont atteint Alep, d'où elles choisiront leur destination finale. Les 2.200 habitants évacués de Madaya et Zabadani ont rejoint la province d'Idleb contrôlée en grande majorité par les rebelles.

Il n'était pas clair si l'opération d'évacuation qui devait concerner plusieurs milliers de personnes supplémentaires se poursuivrait dans l'immédiat.

Ces dernières années, et après des mois de siège, le régime a proposé des accords d'évacuation similaires que l'opposition dénonce comme des "transferts forcés" constituant "des crimes contre l'Humanité".

Ailleurs dans le pays en guerre, le groupe jihadiste Etat islamique (EI) tentait dimanche de repousser une offensive de combattants kurdes et arabes soutenus par les Etats-Unis, qui cherchent à s'emparer de Tabqa dans le nord syrien.

Tabqa est un verrou clé sur la route menant à Raqa, capitale autoproclamée de l'EI en Syrie et véritable objectif des Forces démocratiques syriennes (FDS).


(©AFP / 16 avril 2017 15h37)


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