Allemagne: Merkel se rapproche d'un nouveau mandat de chancelière

La chancelière allemande Angela Merkel arrive au siège du SPD pour des discussions avec les sociaux-démocrates, le 11 janvier 2018 à Berlin / © AFP / John MACDOUGALL
Angela Merkel est parvenue vendredi à un accord de principe pour prendre la tête d'un nouveau gouvernement en Allemagne avec le soutien des sociaux-démocrates et a promis dans la foulée de contribuer à "un nouveau départ" de l'Europe.

Au terme de cinq journées de tractations difficiles, dont une dernière session de 24 heures non-stop à Berlin, la chancelière conservatrice s'est félicitée du compromis trouvé qui doit lui permettre de rester au pouvoir pour quatre années de plus et à l'Allemagne de sortir d'une impasse politique inédite.

Elle a appelé de ses voeux "la constitution d'un gouvernement stable" pour les prochaines années dans son pays.

Les élections législatives de septembre, marquées par un repli des partis traditionnels et une percée de l'extrême droite, n'ont en effet pas permis de dégager de majorité évidente à la chambre des députés.

Après avoir d'abord tenté sans succès à l'automne de forger un gouvernement avec les Libéraux et les écologistes, Angela Merkel n'avait plus le choix: elle devait trouver un accord avec le parti social-démocrate. Au risque sinon de voir sa carrière menacée après douze ans à la chancellerie.

Le compromis de 28 pages finalement obtenu entre démocrates-chrétiens de la CDU et de la CSU et sociaux-démocrates doit encore être validé par les partis.

Il dresse les grandes lignes des objectifs du possible gouvernement de coalition et doit ouvrir la voie à des négociations cette fois détaillées sur la politique qui sera suivie. Un processus qui devrait prendre des semaines.

Dans l'immédiat, les deux familles politiques, qui ont déjà gouverné ensemble dans la coalition sortante (2013-17), ont mis l'accent sur l'Europe.

Angela Merkel a promis devant la presse de contribuer à "un nouveau départ de l'Europe" aux côtés de la France, au moment où le projet européen est fragilisé par le Brexit et la montée des tendances nationalistes sur le continent.

Le chef de l'Etat français Emmanuel Macron attend toujours une réponse aux propositions qu'il avait faites à ce sujet fin septembre, et qui concernent en particulier une réforme de la zone euro.

La politique migratoire a été aussi pendant longtemps un point de discorde dans les négociations.

Au final, les deux camps ont convenu de limiter le nombre annuel de demandeurs d'asile dans le pays à entre 180.000 et 220.000, ce que souhaitaient les conservateurs.

L'Allemagne a accueilli plus d'un million d'entre eux entre 2015 et 2016, ce qui a valu à Angela Merkel beaucoup de critiques et a permis à l'extrême droite de percer dans l'opinion.

Mais en dépit du compromis de vendredi, rien n'est encore définitif.

Côté social-démocrate, la décision d'entrer dans un nouveau gouvernement de coalition avec les conservateurs devra aussi recevoir le feu vert des délégués du parti lors d'un congrès extraordinaire le 21 janvier, à l'issue très incertaine. Puis au bout du processus des militants lors d’une consultation interne.

Dans le meilleur des cas, un nouvel exécutif ne sera en place que fin mars, alors que toute l'Europe s'impatiente.

La base du SPD peut donc encore tout faire capoter. Car elle reste très sceptique à l'idée de servir à nouveau d'appoint aux conservateurs.

- Caisses publiques pleines -

Désireux de convaincre les militants, Martin Schulz a parlé d'un résultat "formidable" et mis en avant les thèmes de justice et cohésion sociales.

Il n'a toutefois pas obtenu tout ce qu'il voulait, loin s'en faut.

Les conservateurs ont refusé sa requête de créer une "assurance-maladie citoyenne", sorte de Sécurité Sociale à laquelle tout le monde devrait cotiser pour réduire les inégalités devant la santé entre assurances privées et publiques.

Au final, l'accord prévoit seulement que les employeurs aideront davantage au financement des assurances aux caisses publiques.

De même, le SPD n'a pas obtenu les hausses d'impôts pour les revenus les plus élevés qu'il souhaitait.

Même avec cet accord, le contexte politique est défavorable, tant pour les démocrates-chrétiens que pour les sociaux-démocrates.

Certains médias ont déjà qualifié leur possible alliance de "coalition des perdants" car chacun a été sanctionné par les électeurs lors du scrutin législatif.

Une majorité d'Allemands (56%) pensent même que la chancelière quittera ses fonctions avant la fin de son éventuelle prochaine mandature, selon un sondage publié jeudi par le quotidien Handelsblatt.



(©AFP / 12 janvier 2018 12h14)
News les plus lues