Bagdad limoge un gouverneur en faveur de l'indépendance du Kurdistan

Le gouverneur kurde de la province de Kirkouk, Najm Eddine Karim, le 14 septembre 2017 à Kirkouk en Irak / © AFP / Marwan IBRAHIM
Bagdad a choisi de croiser le fer avec Erbil en limogeant jeudi le gouverneur d'une province disputée ayant pris parti pour le référendum en faveur de l'indépendance dans le Kurdistan irakien, prévu dans dix jours.

Le Parlement fédéral a voté le limogeage du gouverneur kurde de la province de Kirkouk, Najm Eddine Karim, à l'unanimité des 173 députés présents et à l'appel du Premier ministre irakien Haider al-Abadi.

Après ce vote à Bagdad, auquel les députés kurdes ont refusé de participer, le gouverneur limogé a affirmé avoir avec lui "les citoyens qui ont voté".

"C'est le Conseil provincial qui m'a donné sa confiance, et lui seul peut me limoger, pas le Premier ministre ou le Parlement irakien", a ajouté Najm Eddine Karim.

Fin août, le conseil provincial de Kirkouk avait voté pour organiser le référendum d'indépendance sur son territoire, contre l'avis de Bagdad -auquel il est rattaché- et en l'absence de ses membres arabes et turkmènes qui avaient appelé au boycott.

Mardi, le Parlement fédéral s'était prononcé contre cette consultation prévue le 25 septembre et qui a déjà provoqué des remous dans l'ensemble de la région, les pays voisins comme l'Iran et la Turquie redoutant que les velléités séparatistes d'Erbil ne fassent tache d'huile parmi leur propre minorité kurde.

Les responsables kurdes affirment toutefois qu'une victoire du "oui" au référendum n'entraînera pas aussitôt l'annonce de l'indépendance mais leur permettra de lancer, en position de force, de nouvelles négociations avec Bagdad.

- 'Voisins avec Bagdad' -

Un communiqué de la présidence du Kurdistan a d'ailleurs annoncé jeudi que des représentants des grandes puissances avaient avancé au président Massoud Barzani des propositions alternatives au référendum.

Ce dernier a dit qu'il y répondrait "rapidement".

"Mais s'ils (les grandes puissances, ndlr) demandent un report (du référendum) sans (proposer une) alternative forte, il n'y aura pas de report", a prévenu M. Barzani.

L'objectif désormais, a-t-il dit, est d'être "voisins avec Bagdad".

Dans le Kurdistan irakien, région bénéficiant depuis 1991 d'une autonomie qui s'est élargie au fil des ans, le Parlement local, bien qu'il n'ait pas siégé depuis plus de deux ans, tiendra vendredi une session pour donner "un cadre légal" à ce référendum, selon son porte-parole Tariq Jawhar.

A mesure qu'approche le rendez-vous électoral du 25 septembre, le bras de fer entre Bagdad et Erbil ne cesse de s'accentuer, à coup de votes contestés et de rumeurs de plus en plus persistantes sur des violences à venir.

La question des zones disputées, comme Kirkouk, est particulièrement sensible en Irak et le référendum pourrait faire exploser la situation.

Dans cette province par exemple, la rumeur va grandissante, assurant que les différentes communautés s'approvisionnent en armes.

De nombreuses forces armées paramilitaires se sont installées un peu partout dans le pays, à la faveur du recul du groupe Etat islamique (EI), en déroute. Ainsi, dans la ville même de Kirkouk, les combattants kurdes ont pris de fait le contrôle de la sécurité tandis que des unités paramilitaires chiites se sont déployées aux alentours.

- 'Guerre civile' -

Hadi al-Ameri, le chef de l'organisation Badr, puissant groupe paramilitaire irakien soutenu par Téhéran, a violemment dénoncé récemment les ambitions séparatistes des Kurdes susceptibles selon lui d'ouvrir la porte aux velléités des sunnites ou d'autres minorités. "Une partition mènera à la guerre civile", a lancé lors d'un discours cet influent commandant chiite.

"Nous n'allons pas tomber d'accord sur les frontières entre Arabes et Kurdes, nous n'avons pas d'autre choix que de protéger l'unité de l'Irak, sa souveraineté, son honneur et son indépendance", a-t-il martelé.

Les pays voisins, Téhéran et Ankara en tête, appellent toujours à annuler cette consultation.

Jeudi, la Turquie a averti que la tenue du référendum "aura un prix", une opposition susceptible de compromettre la viabilité d'un éventuel Etat kurde car le Kurdistan irakien tire l'essentiel de ses recettes de l'exportation de pétrole via un pipeline arrivant au port turc de Ceyhan.

Washington et de nombreux pays occidentaux appellent aussi à repousser ou annuler le référendum, estimant qu'il entravera la lutte contre l'EI, qui tient encore deux bastions en Irak.

Quant aux 5,5 millions de Kurdes irakiens appelés à se prononcer sur l'indépendance, ils sont eux-mêmes divisés sur la question du calendrier du vote.



(©AFP / 14 septembre 2017 17h30)
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