Chine: les proches de la veuve de Liu Xiaobo inquiets de son silence

Liu Xia, veuve du prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, prépare des fleurs avant que les cendres de son époux ne soient dispersées en mer, le 15 juillet 2017 au large de Dalian eb Chine. Photographie fournie par le service de presse de Shenyang / © Shenyang Municipal Information Office/AFP / Handout
De nombreux amis du dissident chinois et prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo, décédé jeudi des suites d'un cancer, s'inquiétaient dimanche pour sa veuve qu'ils n'arrivent plus à joindre.

Ces proches de la poétesse Liu Xia disent ne plus avoir de nouvelles d'elle depuis le décès de Liu Xiaobo, premier prix Nobel de la paix à mourir privé de liberté depuis le pacifiste allemand Carl von Ossietzky décédé en 1938.

Dans son immeuble à Pékin, dimanche soir, un garde de sécurité en uniforme était assis en face de l'ascenseur et un homme en civil, qui a refusé de décliner son identité, a fait sortir des journalistes de l'AFP qui avaient sonné à l'appartement de Liu Xia.

Les Etats-Unis et l'Union européenne ont exhorté le gouvernement chinois à laisser Liu Xia partir à l'étranger.

Les autorités ont diffusé samedi des images la montrant lors des funérailles de son époux et lors de la dispersion de ses cendres en mer.

"Nous sommes très inquiets. Nous avons vu sur les photos des autorités lors des funérailles qu'elle est faible et affectée. Elle semble la personne la plus triste au monde", a déclaré à l'AFP Hu Jia, un militant basé à Pékin et proche de Liu Xia. "Si je pouvais la voir, j'essaierais de la réconforter."

Atteint d'un cancer en phase terminale, le prix Nobel avait demandé à pouvoir quitter la Chine pour aller se soigner à l'étranger. Certains de ses amis pensent qu'il espérait en fait pouvoir mettre son épouse en lieu sûr. Mais le gouvernement ne l'avait pas autorisé à partir.

Mort jeudi à 61 ans d'un cancer du foie, Liu Xiaobo, ancienne figure de proue du mouvement démocratique de la place Tiananmen en 1989, avait été récompensé par le comité Nobel pour "son long combat non-violent pour les droits humains fondamentaux en Chine".

Emprisonné dans son pays pour subversion, il n'avait pu aller chercher le prix, et son fauteuil était resté vide lors de la cérémonie à Oslo.

Bien qu'elle ne soit pas engagée en politique, son épouse faisait l'objet d'une surveillance politique depuis cette attribution du prix Nobel en 2010.

Torture

L'appartement de Liu Xia à Pékin était un des seuls d'une rangée d'immeubles à être surveillé dimanche par un garde de sécurité.

L'homme en civil a pris des photos des cartes de presse des reporters de l'AFP. Il a affirmé que le nom de la veuve de Liu Xiaobo n'était pas sur la liste des habitants avant de dire : "La résidente ne veut pas vous voir".

L'AFP n'a pas pu confirmé si elle était bien rentré du nord-est de la Chine. Les lumières sur le sol étaient éteintes.

Ces sept dernières années, Liu Xia n'a été autorisée à quitter son appartement de Pékin que pour rendre visite à ses parents ou à son mari dans sa prison de la province de Liaoning (nord-est), où il purgeait une peine de 11 ans de détention avant d'être hospitalisé début juin.

Liu Xia avait perdu son père l'année dernière, et sa mère cette année.

"Il n'y a pas de priorité plus grande que de faire sortir Liu Xia. Le fait que les autorités aient diffusé les images de la torture qu'elle subit illustre cette urgence", souligne Sophie Richardson, directrice pour la Chine de l'ONG Human Rights Watch.

"Ils diffusent sur de nombreux canaux de communication et dans plusieurs langues des images et des vidéos d'elle en train de faire ce que les autorités veulent qu'elle fasse, tout en ne la laissant pas parler librement et en la maintenant sans fondement en résidence surveillée", a-t-elle dénoncé.

Samedi, Zhang Qingyang, un responsable de la municipalité de Shenyang, a affirmé que Liu Xia était "libre", sans dévoiler où elle se trouvait.

Un autre ami du couple, Ye Du, a dit avoir eu pour la dernière fois la famille vendredi matin, mais qu'elle semblait nerveuse et refusait de parler des arrangements pris pour les funérailles.

"Liu Xia est clairement contrôlée", a dit Ye Du à l'AFP, en précisant que les "activités du deuil" étaient aussi l'objet d'un "contrôle étroit".

Samedi, le frère aîné du dissident défunt a cependant assuré lors d'une conférence de presse organisée par les autorités que celles-ci avaient organisé les funérailles "selon la volonté des membres de la famille" et que sa veuve était tellement peinée qu'elle pourrait devoir être hospitalisée.

Mais leurs proches ont dit qu'il était impossible de vérifier si la famille avait effectivement été consultée, relevant que les deux frères n'étaient pas d'accord sur le plan politique.

Patrick Poon, spécialiste de la Chine à Amnesty International, a indiqué de son côté que Liu Xia, 56 ans, souffrait de dépression et de problèmes cardiaques, et que l'incapacité de ses amis à la joindre était "étrange".

"Pourquoi refuserait-elle soudainement de communiquer avec ses amis à un moment où elle a besoin que les autres la réconfortent?", a-t-il demandé.



(©AFP / 16 juillet 2017 16h30)
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