Chine: nouveaux signes d'essoufflement de l'économie en août

L'économie chinoise montre des signes de ralentissement en août nCi-contre, le chantier du Yintai dans le quartier des affaires de Pékin, le 18 décembre 2015 / © AFP/Archives / STR
La Chine a connu en août de nouveaux signes d'essoufflement économique, avec un ralentissement marqué et inattendu de sa production industrielle, des ventes de détail et de l'investissement, à l'heure où Pékin muscle ses efforts pour contenir l'endettement et ses surcapacités industrielles.

La production industrielle dans la deuxième économie mondiale a grimpé de 6% sur un an en août, a indiqué jeudi le Bureau national des statistiques (BNS).

C'est le plus faible rythme de progression enregistré depuis décembre. La production industrielle avait déjà fortement ralenti en juillet, avec une hausse de 6,4% contre 7,6% en juin. Les analystes sondés par Bloomberg tablaient en moyenne pour août sur une légère reprise (+6,6%).

Liu Aihua, porte-parole du BNS, a reconnu devant la presse "de nombreux facteurs d'instabilité et d'incertitude" assombrissant les perspectives de la demande internationale: en témoigne le vif essoufflement des exportations chinoises en août.

Mais "le principal coupable reste une demande intérieure en berne", estime Julian Evans-Pritchard, analyste du cabinet Capital Economics, qui pointe la baisse de régime des investissements en capital fixe dans le pays.

Ces derniers, jauge des dépenses publiques et privées dans les infrastructures, ont gonflé de 7,8% sur un an sur la période janvier-août, moins qu'attendu et ralentissant pour le 5e mois consécutif.

- Désendettement -

"Les dépenses dans des projets d'infrastructures, en particulier ont commencé à se modérer, parce que le gros des ressources budgétaires ont été dépensées plus tôt cette année" pour doper l'économie avant un important Congrès du Parti communiste au pouvoir, note M. Evans-Pritchard. "Les gouvernements locaux sont désormais forcés de réduire leurs dépenses".

Le 19e Congrès, prévu mi-octobre, doit voir le président Xi Jinping décrocher un nouveau mandat à la tête du Parti, donc du pays, mais également une vaste recomposition de l'équipe dirigeante.

D'autres analystes insistaient jeudi sur les effets du drastique durcissement réglementaire engagé par Pékin à l'encontre du secteur financier: ce raidissement cible notamment la "finance de l'ombre" --vaste arsenal d'instruments de crédits non régulés.

A l'heure où le Fonds monétaire international (FMI) lui même s'inquiète des risques liés à l'envolée de la dette chinoise, le régime communiste a érigé ses efforts de désendettement en priorité.

Or, dopé par un boom de la construction et du crédit, le PIB chinois a connu au premier comme au deuxième trimestre une croissance de 6,9%, très supérieure à l'objectif annuel (d'"environ 6,5%") que s'est fixé Pékin... de quoi lui offrir une certaine marge de manoeuvre.

Quitte à renchérir le crédit et à restreindre des sources de financement cruciales pour l'activité.

"Ce durcissement réglementaire exerce une forte pression sur les firmes déjà endettées, qui dépendaient de la +finance de l'ombre+", observe Frederic Neumann, économiste de HSBC cité par Bloomberg. Pour lui, la croissance chinoise devrait ralentir d'ici fin 2017 "à mesure que les autorités musclent cette campagne" contre la finance non régulée.

- Immobilier sous pression -

Témoin d'une demande intérieure sous pression: les ventes de détail, baromètre de la consommation des ménages chinois, ont nettement ralenti en août, progressant de 10,1% sur un an, contre +10,4% en juillet, très en-deçà de la prévision du marché.

On peut y voir la conséquence du refroidissement du marché immobilier: les ventes d'électroménager, de meubles et matériaux de construction se sont essoufflées de concert.

Le secteur de l'immobilier et de la construction, moteur crucial de l'économie chinoise, souffre des restrictions prises par les autorités pour contrer la fièvre des prix de la pierre dans les grandes métropoles, une bulle largement financée à crédit.

Résultat: les ventes de logements neufs n'ont progressé que de 3,8% sur un an en août, selon Bloomberg, leur plus faible progression en presque trois ans.

Par ailleurs, dans le cadre d'un douloureux rééquilibrage du modèle économique chinois, Pékin somme les industries lourdes --souvent des groupes étatiques-- de sabrer leurs colossales capacités excédentaires et leurs usines les plus polluantes... ce qui plombe aussi les chiffres de production.

Le régime ayant fait de la lutte anti-pollution un cheval de bataille, "la fermeture de capacités industrielles, en particulier celles qui ne correspondent pas aux standard environnementaux, est appliquée encore plus strictement cette année avant le 19e Congrès", a souligné Chang Jian, économiste de Barclays, interrogé par Bloomberg TV.



(©AFP / 14 septembre 2017 10h41)
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