Corée du Sud: un ancien président entendu pour corruption

L'ancien président sud-coréen Lee Myung-bak à son arrivée pour être entendu par le parquet sur des accusations de corruption, le 14 mars 2018 à Séoul / © POOL/AFP / KIM HONG-JI
L'ancien président sud-coréen Lee Myung-bak a été entendu par le parquet mercredi sur des accusations de corruption, dernier ex-chef de l'Etat encore en vie à avoir maille à partir avec la justice.

Le parquet avait décidé le 6 mars de convoquer l'ancien président conservateur âgé de 76 ans, soupçonné d'avoir accepté des millions d'euros de pots-de-vin.

Cette décision signifie que les quatre anciens présidents sud-coréens encore en vie ont été à un moment ou à un autre mis en cause, poursuivis ou condamnés par la justice.

"J'ai le coeur lourd", a déclaré M. Lee à son arrivée dans les locaux du parquet à Séoul. "Je suis totalement désolé de susciter les inquiétudes du peuple".

M. Lee, qui a présidé aux destinées de la Corée du Sud entre 2008 et 2013, avait fait savoir par avance qu'il considérait cette enquête comme une "vengeance politique".

Il a espéré mercredi que ce serait la "dernière fois dans l'histoire" qu'un ancien chef de l'Etat était convoqué par le parquet. "En tant qu'ancien président, j'ai beaucoup à dire à ce sujet mais je vais mesurer mes paroles".

En Corée du Sud, les présidents ont des problèmes judiciaires, voire se retrouvent en prison, une fois leur mandat achevé, bien souvent à la suite d'une alternance politique.

- Thé et interrogatoire -

L'ex-présidente conservatrice Park Geun-Hye, qui avait succédé à M. Lee, attend actuellement derrière les barreaux le verdict de son procès dans le retentissant scandale de corruption qui avait entraîné sa chute l'année dernière. Trente ans de réclusion ont été requis contre elle.

L'actuel président de centre-gauche Moon Jae-In s'est engagé à la suite de cette affaire à faire le ménage dans la gouvernance de la quatrième économie d'Asie

Le propre prédécesseur de M. Lee, Roh Moo-hyun, de centre-gauche, s'était suicidé en sautant d'une falaise après avoir été entendu sur des accusations de corruption en 2009.

Lorsque la Corée du Sud s'est démocratisée dans les années 1990, l'ancien dictateur Chun Doo-hwan et son ami et successeur Roh Tae-woo avaient été condamnés à mort pour leur rôle dans un coup d'Eta&t militaire en 1979 et pour avoir reçu des centaines de millions d'euros de pots-de-vin.

Leurs sentences avaient été commuées en peines de prison avant qu'ils ne soient graciés après avoir passé deux ans derrière les barreaux.

L'ancien président sud-coréen Lee Myung-bak lit une déclaration à son arrivée pour être entendu par le parquet sur des accusations de corruption, le 14 mars 2018 à Séoul / © POOL/AFP / KIM HONG-JI
M. Lee, accompagné par son avocat, a été reçu par un haut magistrat du parquet et s'est vu offrir du thé avant de pénétrer dans le bureau 1001, là où Mme Park avait enduré une audition marathon de plus de 21 heures l'année dernière.

L'ex-président devrait pouvoir rentrer chez lui après avoir été entendu. Le parquet devrait cependant demander ensuite à la justice de délivrer un mandat d'arrêt contre lui.

- Perquisitions -

Dans le cadre de cette enquête, deux de ses anciens conseillers ont été arrêtés. Les domiciles et les bureaux de ses frères ont été perquisitionnés.

L'enquête porte entre autres sur le groupe Samsung. Celui-ci est soupçonné d'avoir acheté le pardon présidentiel dont avait bénéficié en 2009 son président Lee Kun-hee, lequel avait été condamné à du sursis pour évasion fiscale.

Samsung aurait versé pour le compte de l'ancien président six milliards de wons (4,5 millions d'euros) à un cabinet d'avocats américain.

Le premier conglomérat sud-coréen comme l'ex-président rejettent ces accusations.

Certains médias rapportent que M. Lee est aussi accusé d'avoir accepté 2,2 milliards de wons de la part de l'ex-directeur général du groupe Woori Financial Lee Pal-sung pour l'aider à obtenir le poste.

Il est également soupçonné d'avoir empoché 1,7 milliard de wons de fonds secrets des renseignements, et encore 400 millions de wons de la part d'un député. Il est aussi accusé d'avoir détourné des millions d'euros dans les caisses de DAS, entreprise de pièces automobiles enregistrée aux noms de membres de sa famille mais qu'il posséderait en sous-main.

D'après l'agence sud-coréenne Yonhap, l'audition doit durer une vingtaine d'heures. Le parquet a préparé 120 pages de questions tournant autour d'une vingtaine de délits supposés.

"Nous allons traiter l'ancien président dignement mais nous allons également mener une enquête exhaustive et transparente", a dit un procureur à la presse.



(©AFP / 14 mars 2018 07h23)


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