Correa, réclamé par la justice équatorienne, a demandé l'asile en Belgique

L'ancien président équatorien Rafael Correa, à Ottignies-Louvain-la Neuve, le 8 novembre 2018 / © AFP / Emmanuel DUNAND
L'ancien président équatorien Rafael Correa, réclamé par la justice de son pays, qui l'a sommé mercredi de revenir en vue d'un procès, a déposé une demande d'asile en Belgique où il réside depuis 2017, a appris l'AFP jeudi.

Deux sources proches du dossier ont expliqué que cette demande, formulée cet été, était actuellement examinée à Bruxelles par le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA).

L'intéressé n'a pas voulu cependant confirmer cette information, tout en se disant lors d'un entretien à l'AFP victime d'un "harcèlement judiciaire terrible" dans son pays.

Rafael Correa a aussi dénoncé une "persécution politique" à son encontre de la part du pouvoir actuel. Celui qui a présidé l'Equateur de 2007 à 2017 avait déjà accusé son successeur et ancien allié Lenin Moreno d'être derrière un "complot".

L'ancien président, accusé d'avoir ordonné l'enlèvement à Bogota de l'ex-député équatorien Fernando Balda en 2012, a été sommé mercredi par la justice équatorienne de rentrer dans son pays afin d'y être jugé. Un procès contre lui n'est pas possible en son absence.

Cette convocation, annoncée par une juge de la Cour suprême, concerne également deux anciens policiers, actuellement détenus en Equateur, et l'ancien chef des services de renseignement Pablo Romero, qui se trouve en Espagne.

Alors réfugié en Colombie et se disant victime de persécution politique, Fernando Balda avait été contraint par plusieurs personnes de monter dans une voiture avec pour intention de le ramener de force en Équateur. Mais il avait été rapidement libéré par la police colombienne qui avait intercepté le véhicule.

Selon Rafael Correa, ce dossier a été monté contre lui pour empêcher son retour en politique à Quito.

Ses avocats, dont le Belge Christophe Marchand, ont déposé en septembre une plainte devant un rapporteur spécial des Nations Unies pour préserver "les droits et libertés" de M. Correa et "rétablir l'indépendance des autorités judiciaires équatoriennes".

"Comme ils ne peuvent pas nous battre dans les urnes (...), ils cherchent tous ces prétextes extrêmement graves", a-t-il soutenu jeudi sans jamais citer le nom de Lenin Moreno.

- "Risque réel d'atteintes graves" -

L'ancien président équatorien Rafael Correa, à Ottignies-Louvain-la Neuve, le 8 novembre 2018 / © AFP / Emmanuel DUNAND
Rentrer au pays signifierait pour lui "être massacré avec l'injustice" qui y sévit, a aussi dit Rafael Correa, soulignant que l'Equateur vivait actuellement "un coup d'Etat".

"Tout est pris (...) Nous n'avons pas de cour constitutionnelle, elle a été renvoyée", a-t-il affirmé.

Face au risque judiciaire qu'il encourt (les faits reprochés sont passibles de jusqu'à sept ans de prison), Rafael Correa a déposé une demande d'asile en Belgique le 25 juin, d'après une des sources proches du dossier. Soit huit jours avant l'officialisation du mandat d'arrêt international émis à son encontre à Quito, relayé par Interpol.

La demande d'asile, déposée à l'Office des étrangers, a été transmise en août au CGRA, qui a auditionné M. Correa une première fois à la fin de l'été, a indiqué à l'AFP une deuxième source.

"Le traitement au CGRA d'un dossier prend en moyenne trois mois. Il y a des dossiers qui peuvent prendre plus de temps", a simplement déclaré un porte-parole du CGRA, refusant de confirmer qu'un dossier Correa était à l'étude.

Rafael Correa, 55 ans, s'était installé en juillet 2017 en Belgique, le pays d'origine de son épouse, où il a lui-même étudié.

Il existe dans le royaume deux types de protection internationale, le statut de réfugié et celui dit de "protection subsidiaire".

Ce dernier statut peut être octroyé aux demandeurs ne satisfaisant pas aux critères de reconnaissance du statut de réfugié "mais qui se trouvent néanmoins dans une situation telle que le retour vers leur pays d'origine représenterait un risque réel d'atteintes graves", souligne sur son site l'agence fédérale pour l'accueil des demandeurs d'asile (Fedasil).



(©AFP / (08 novembre 2018 18h58)


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