Cuba commence à peine à panser ses plaies après le passage d'Irma

Passage de l'ouragan Irma à La Havane, le 10 septembre 2017 / © AFP / YAMIL LAGE
Balayée pendant 72 heures par les violentes bourrasques de l'ouragan Irma, Cuba demeurait lundi aux trois quarts privée d'électricité et entamait le rude labeur de remise en état des infrastructures et services de base.

Avec au moins 10 morts, cet ouragan a été le plus meurtrier sur l'île depuis Dennis en 2005.

Parmi les zones les plus touchées figurent La Havane - où sept décès ont été recensés - , les "cayos" - petites îles longeant la côte nord -, et les villes et villages côtiers tels que Caibarien (centre) ou Cojimar, près de la capitale.

"C'est catastrophique, beaucoup de bâtiments ici ne sont pas préparés à un tel déluge", commente à l'AFP Yanmara Suarez, travailleuse indépendante de 36 ans qui vit dans le centre-ville de La Havane, largement inondé dimanche.

Lundi matin, les employés de la compagnie électrique s'affairaient dans les rues de la capitale pour réparer les dommages causés par les chutes d'arbres et les bourrasques. La majeure partie du pays et la plupart des quartiers de La Havane demeuraient privés d'électricité lundi, selon les autorités.

Dans le même temps, les employés municipaux débitaient les arbres effondrés et dégageaient les rues. Les habitants de La Havane étaient aussi privés d'eau et les communications téléphoniques demeuraient perturbées. Quand aux écoles, elles restaient fermées jusqu'à nouvel ordre.

Des journées rudes

A Caibarien, ville portuaire qui a subi de plein fouet la fureur d'Irma et ses vents jusqu'à 250 km/h, s'annonçait également un travail de longue haleine.

"C'est un désastre, un jour de plus et tout était détruit", affirme Angel Cordero, paysan de 69 ans dont la maison a été inondée, ainsi que ses récoltes de bananes, patates douces et papayes.

Dans un message à ses concitoyens, le président Raul Castro a reconnu lundi que "ce furent des journées rudes" pour les Cubains.

Sur son passage, Irma "a causé de graves destructions au pays, qui du fait de leur envergure n'ont pas pu être évaluées. Un premier tour d'horizon a permis de recenser des dégâts sur les habitations, le système électro-énergétique et l'agriculture", a-t-il écrit dans cette lettre publiée par les médias d'Etat.

Selon la défense civile, la plupart des provinces du pays accusent de "graves destructions" dans le secteur agricole.

- Cojimar dévasté -

A quelques encablures de la capitale, Cojimar, village de pêcheurs jadis fréquenté par l'écrivain Ernest Hemingway, a aussi payé un lourd tribut.

Promenade de bord de mer défoncée, maisons soufflées dont il ne restent que les murs, rues jonchées de décombres d'où affleurent quelques meubles et appareils de climatisation, le paysage est proche de la désolation.

"C'est un avertissement important, on sait que le changement climatique est de plus en plus cruel", prévient Francisco Garcia, entraîneur de l'équipe nationale de karaté dont la maison s'est en partie effondrée.

"Trois cyclones et un tremblement de terre en même temps dans la région, on n'avait jamais vu ça, et encore moins avec une telle intensité", ajoute-t-il en référence aux autres ouragans, José et Katia, qui ont soufflé ces derniers jours dans les Caraïbes et au tremblement de terre qui a endeuillé le Mexique (96 morts) jeudi soir.

- Tourisme en danger -

Sur les "cayos", chapelet d'îles paradisiaques bordant les côtes du centre et de l'est de la capitale, les destructions ont été nombreuses mais le bilan humain demeure pour l'instant vierge, notamment du fait de l'évacuation préalable de milliers de touristes et employés.

Les Argentins Alfredo et Maria Teresa Coronel, évacués comme beaucoup d'autres étrangers dans des hôtels de la station balnéaire de Varadero (est), s'en sont tirés avec une bonne frayeur.

"Ce fut notre première expérience d'un ouragan, ce qui n'existe pas chez nous. Dans l'ensemble on s'en est bien tiré, mais on a eu un peu peur", admet Alfredo.

"Franchement je ne sais pas dans combien de temps je pourrai retourner travailler, cet ouragan a sûrement détruit le Cayo", se demandait Enrique Peña, 33 ans, cuisinier dans un hôtel du Cayo Santa Maria.

On ignore encore quel sera l'impact d'Irma sur le tourisme, mais ses destructions pourraient fortement fragiliser une économie cubaine très dépendante des près de trois milliards de dollars annuels de recettes affichées par ce secteur en pleine croissance.



(©AFP / 11 septembre 2017 19h55)
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